La seconde conversion à Dieu, selon S. Marc
Francine
Robert, Institut de pastorale
suite du texte
Il faudra tout le poids de Dieu, à la transfiguration, pour appeler à entrer
en re-conversion. Ce nouvel enseignement de Jésus sur lui-même, « écoutez-le »
dit la voix ; c'est celui du Fils en qui Dieu se reconnaît [16].
Pierre ne sait que dire tant son désir est grand de rester sur cette bonne
montagne de gloire, si bien accordée à notre image d'un « vrai » Fils
de Dieu. Nous ferons peut-être un peu trop droit à ce désir, après la résurrection !
Il nous faut paraît-il redescendre... et plus bas encore ! Jésus insiste :
il sera méprisé et les autres lui feront comme à Élie, cette glorieuse figure,
tout ce qu'ils voudront. Quand cette agonie arrivera, les disciples ne sauront
pas quoi dire, comme ici, devant cette révélation d'un Dieu dont la vraie puissance
est la capacité de résister à nos fantasmes de toute-puissance (9,6 ;
14,40). Ce Dieu-là reste le même... même après Pâques.
La question de l'identité de Jésus a été posée aux disciples en chemin
vers Césarée (8,27). Placés sur le chemin qui mène maintenant à Jérusalem,
la suite des chapitres 9 et 10 illustre combien il est difficile pour les
disciples de convertir leur recherche de Dieu, sans qu'on puisse pourtant
douter de leur bonne volonté [17].
Mc réaffirme plusieurs fois le choix de Jésus pour la non-puissance. Or
le groupe a des velléités de pouvoir : contrôler les non-membres qui
guérissent au nom de Jésus, et contrôler ceux qui s'approchent de lui sans « qualifications »,
les enfants (9,30-40 ; 10,13-16). Comme en 8,33 Jésus rabroue ses
disciples. Un peu avant, alors qu'ils discutaient pour savoir qui d'entre
eux était le plus grand, il leur désignait justement un enfant sans pouvoir
comme lieu privilégié d'identité pour lui ET pour Dieu même. Mais le chemin
choisi par Jésus les déroute et leur fait peur (10,32). Juste après la troisième
annonce de la passion, Mc nous les montre préoccupés de partager la gloire
et la puissance de Jésus (10,32ss). On devine mieux ici l'espoir secret :
non pas toi comme nous, mais nous comme Toi ! Réponse de Jésus :
vous ne connaissez pas ce que vous demandez (10,32-45).
On reste bien là dans le registre de la pensée, de la façon de comprendre.
Jésus a beau leur expliquer patiemment la voie du service, mais la transformation
des représentations, qui va jusqu'au changement de paradigme théologique,
ne peut être qu'un long travail sur soi-même, un sevrage de l'imaginaire.
Ce travail intérieur et spirituel précède, chez Mc, la transformation des
attitudes. L'éthique chrétienne s'enracine d'abord dans une théologie
chrétienne.
Des lecteurs mis en route
« A vous le mystère du Règne de Dieu a été donné ; mais
à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles... » (4,11)
Point de départ de cet article, cette parole de Jésus instaurait les disciples
dans un statut d'initiés, les distinguant de ceux « du dehors ».
Le lecteur de l'Évangile pouvait s'identifier à ce statut. Mais on a vu
que, des chapitres 4 à 10, le récit de Mc a systématiquement déconstruit
le statut d'initié des disciples. À ce point, dans quelle position le lecteur
se retrouve-t-il ? Dans les Évangiles, « le lecteur construit
par le récit » n'est pas limité à la figure des disciples ;
il reçoit des informations supplémentaires [18].
Par exemple, les sourdines apportées à la figure puissante de Jésus guérisseur,
que l'on a observées aux chapitres 1 à 8. Le lecteur est informé aussi du
diagnostic d'incompréhension que le narrateur porte sur les disciples
(4,13 ; 6,52 ; 9,6.32). Et en début de lecture, Mc lui a rappelé
qui est ce Jésus pour lui : Christ, Fils de Dieu (1,1). Mais
notre savoir sur Jésus, posé au départ comme proclamation et certitude tranquille
de la foi, est ébranlé par la déconstruction du modèle des disciples auquel
le lecteur croyant s'identifie. Cette stratégie narrative invite le lecteur
à repenser pour lui-même son savoir sur Jésus, à envisager la possibilité
que l'appel à la seconde conversion puisse être pour lui, qui est pourtant
l'un de ceux dont on peut dire « ils le connaissaient » (voir
1,24.34.14,71). Il doit refaire le parcours pour son propre compte, aussi
bien lorsque Mc lui donne à voir les disciples que lorsqu'ils sont absents
du récit.
Mc n'offre au lecteur que deux récits de guérison dans la seconde partie son
Évangile : l'enfant possédé et l'aveugle Bartimée. Le premier récit
met les disciples en scène de façon tout à fait unique dans les récits de miracle :
on leur a demandé une guérison, ils n'ont pu l'accomplir, et ils discutent
le cas avec Jésus (9,14-29). Ce récit coloré se prête à plusieurs niveaux
de lecture. À la lumière du tournant difficile de 8,27-33 et de la transfiguration,
auquel Mc le rattache (v.14), on peut tenter une lecture sous l'angle de la
conversion des disciples. Un possédé est quelqu'un qui « ne se
possède plus », justement, aliéné de lui-même par une puissance externe.
Quelle que soit la nature de cette puissance, mauvaise ou « bonne »,
elle annule la liberté et la dignité du sujet, conditions essentielles à une
réponse d'amour. La révélation d'un Dieu qui renonce à la toute puissance
qu'on lui attribue me paraît aller jusque là : un Dieu de grâce, qui refuse
de nous déposséder de nous-mêmes et de notre capacité à lui répondre. Le respect
de Dieu pour la liberté humaine n'est-il pas le refus de faire de nous des « possédés » ?
Ils sont incapables de chasser un esprit aliénant, les croyants dont le « je
crois » n'intègre pas le renoncement de Dieu à posséder, aliéner
et dominer quiconque, croyant ou adversaire ; « les disciples,
qui refusent la passion de Jésus, appartiennent à ce peuple « incrédule » » face
auquel Jésus s'impatiente (v.19) [19].
Leur seconde metanoia reste à faire : le deuil d'une certaine
idée et d'un certain désir sur Dieu. Jésus les invite à prier pour « chasser » cette
sorte d'esprit. Leur prière reçoit peut-être comme modèle celle du père de
l'enfant ? « J'ai foi ! aide ma non-foi ! »
Ce cri paradoxal appelle à identifier le non-croire enfoui dans la texture
même du croire.
Le second miracle de cette section, la guérison de Bartimée, est un récit
plus classique. Mais ce deuxième aveugle, couplé à celui de Bethsaïda, donne
à voir au lecteur une figure de progression dans la suivance de Jésus alors
que les disciples, qui incarnent cette suivance, sont narrativement absents
(10,46-52 ; 8,22-26). Bartimée prend l'initiative et réclame deux fois
sa guérison en criant, malgré l'adversité, alors que le premier aveugle était
amené par d'autres [20].
La parole de Jésus et la foi de Bartimée suffisent à lui ouvrir les yeux, alors
qu'il a fallu répéter les gestes de guérison à Bethsaïda. Les disciples apparaissent
dans l'ombre de Bartimée : la question de Jésus « Que veux-tu
que je fasse pour toi ? » leur a été posée en 10,36. Ils
demandaient à partager sa gloire. Lui se sait aveugle et demande à voir, enfin !
On note aussi le titre Fils de David que Bartimée crie à Jésus, titre
messianique qui rappelle la parole de foi de Pierre. D'ailleurs on associe
souvent cette déclaration de Pierre, représentant les disciples, à la guérison
en deux temps de l'aveugle de Bethsaïda. Sa demi-guérison évoquerait la réponse
des gens sur l'identité de Jésus (Jean, Élie, un prophète), alors
que la restauration complète de sa vue correspond à la réponse adéquate de
Pierre « Tu es le Messie » (8,27-30). P. Lamarche
envisage autrement le parallèle entre le récit de Bethsaïda et la confession
de foi de Pierre. « Comme l'aveugle à moitié guéri, Pierre voit
bien quelque chose, mais de manière imparfaite : c'est une demi-confession
de foi. En Jésus il reconnaît bien le Christ, mais un Christ qui ne peut pas
et ne doit pas aller jusqu'à l'abaissement de la Passion. Il en reste à une
idée limitée et incomplète de l'envoyé de Dieu. » [21]
Les difficultés des disciples aux chapitres 9 et 10 confirment bien ce point
de vue : ils cherchent toujours en Jésus la figure d'un Roi-Messie. Sur
cette lancée, l'image étrange des gens que l'aveugle à demi-guéri voit comme « des
arbres qui marchent » me parait suggestive (8,24). Les seuls arbres
qui marchent dans la Bible se mettent en route en quête d'un roi à « messier » (oindre)
pour le placer à leur tête ! [22]
Ainsi Bartimée prend pour le lecteur le relais de Pierre. Figure des disciples
en travail de seconde conversion, il est encore aveugle lorsqu'il en appelle
au Fils de David. Mais sa situation de mendiant l'inscrit dans les
condition de fragilité et de dépossession auxquelles Jésus appelait les disciples
encore aveuglés par la gloire associée au Messie. Et son initiative insistante
souligne son désir de changer. Aussi, lorsque Jésus l'appellera, Bartimée
laissera même le peu qu'il a, son manteau, pour bondir et demander au « maître » (rabbouni :
mon maître, i.e celui qui m'enseigne) de lui donner la vue. Une fois
guéri, il suivra Jésus sur le chemin. Suivre Jésus, comme un disciple (1,16-20 ;
2,14 ; 10,28), sur le chemin au bord duquel il restait jusque-là assis
et immobile, sans progresser. Figure d'une seconde metanoia qui s'amorce,
parce que travaillée de l'intérieur et éclairée par Jésus, Bartimée introduit
le lecteur sur ce chemin qui, à la sortie de Jéricho, conduit à Jérusalem et
à la passion (9,33 ; 10,17.28.32.46.52 ; 11,1).
Le thème de la difficile conversion des disciples est traité moins directement
dans les récits d'affrontement à Jérusalem, de la Cène et de la passion. Le
narrateur oriente tout le regard des lecteurs sur Jésus. On nous montre surtout
le groupe complètement dépassé par les événements, bien qu'il accompagne Jésus
jusqu'à Gethsémani. Pour les disciples tirant l'épée, l'arrestation confirme
ce que jusque là ils refusaient de voir : le Messie de Dieu acceptant
dans la frayeur l'éprouvante dépossession de tous ses moyens. Cette fois c'est
bien plus qu'un manteau que les disciples et lecteurs ? perdent...
Toute illusion arrachée, il ne reste qu'à s'enfuir tout nu (14,43-52). D'une
certaine façon, Pierre est sincère en niant connaître cet homme ;
le Jésus qu'il croyait connaître en l'appelant Messie, il ne le reconnaît pas
en ce Jésus-là ! ni, en lui, le visage du Dieu qu'il cherche (14,66ss).
« Vraiment cet homme était fils de Dieu ! »
Le récit guidera son lecteur à travers les événements de la passion et de
la mort, dont les disciples sont absents, vers cette déclaration du centurion,
proposée comme clef de la confession de foi chrétienne. Ce n'est pas en voyant
le Ressuscité que le centurion reconnaît le Fils de Dieu, mais devant Jésus
mort ainsi, victime d'une violence que Dieu refuse d'utiliser. Mort en exprimant
un état d'abandon total, crié vers un Dieu qui ne bouge pas.
« Faut-il penser que le lecteur de Marc est fait témoin de l'échec
des disciples pour mieux être installé dans un statut de certitude théologique ?
Nullement. Car le lecteur n'a pas été préparé à ce qu'il lui est donné d'assister.
C'est une chose que Jésus meure de mort brutale, livré aux mains des Romains,
conformément à ce qui avait été prédit (8,31) ; c'en est une autre qu'il
éprouve en cette mort l'absence de Dieu (15,34) ; l'événement déborde
la prédiction (...) Les lecteurs sont devenus, par la vertu du récit, les
témoins privilégiés de l'épiphanie du Fils de Dieu ; mais la comprennent-ils ?
Ou faut-il répéter à leur propos : « Ils ne comprenaient
pas cette parole et craignaient de l'interroger » (9,32) ? » [23]
Le cri de Jésus dit l'absence de toute évidence devant le silence divin, silence
qui signe en creux le choix radical de Dieu pour la non puissance. Mc offre
au lecteur croyant la parole de foi du centurion comme réponse au cri de Jésus.
Trois traits propres à Mc mettent bien cette proclamation en valeur :
c'est la première et la seule parole humaine de tout le livre qui désigne Jésus
comme le Fils de Dieu, à la suite du narrateur en 1,1 ; c'est aussi la
parole d'un seul, ce qui lui donne valeur de prise de position d'un sujet interprétant
ce qu'il voit, i.e. la mort de Jésus (chez Mt c'est une parole collective
associée à la frayeur devant les événements qui suivent la mort) ; et
enfin, ce centurion confirmera lui-même ensuite que Jésus est réellement mort,
on peut l'enterrer (15,44-45). Offerte ainsi au lecteur comme parole forte
parce que sans appui et sans cause apparente, cette déclaration de foi accueille,
dans la totale impuissance où se trouve Jésus, la révélation du visage de
Dieu, évoquée par la déchirure du voile du Temple. Comme si, en Jésus déchiré,
était déchirée une certaine image de Dieu, issue de nos fantasmes de toute
puissance, incompatible avec la gratuité du salut offert.
« Si le voile du sanctuaire se déchire c'est pour nous permettre
de voir dans le Saint des Saints le mystère de Dieu, à savoir l'amour kénotique
de Dieu pour les hommes, tel qu'il est révélé par son Fils : « Celui-ci
est mon Fils bien aimé. Écoutez-le ». A travers le Christ qui
s'est laissé faire sans résister ni s'imposer, nous découvrons un Dieu que
l'amour kénotique rend faible, sans défense, vulnérable, humble et humilié,
bien différent de cette entité impassible à l'amour possessif, que trop souvent
nous imaginons. » [24]
Ce rideau-frontière qui, dans le Temple, garde le Dieu Très Haut hors d'atteinte
des humains, toutes les religions s'empressent de le repriser, tant cette révélation
de Dieu est déroutante et insoutenable. Paul parlera à bon droit de la « folie
de Dieu » (1Co 1,17ss), lui qui, croyant fidèle et zélé, a justement
dû traverser cette seconde metanoia au Dieu de Jésus [25]. Bien sûr Mc proclame la résurrection
du Fils ! Mais il reste cohérent, n'offrant aucun récit où le lecteur
pourrait contempler le Ressuscité en gloire, et oublier au plus vite l'image
de Jésus en croix [26]. L'annonce de
la résurrection et le tombeau vide n'adviennent aux disciples que comme des
signes. Signes opaques dont la portée est si profondément troublante qu'en
les recevant, les femmes au tombeau sont incapables d'en dire quoi que ce soit.
Il faudra du temps aux disciples, du temps intérieur, pour comprendre qu'en
ressuscitant Jésus, Dieu confirme ce que Jésus révèle de Lui. Et du temps encore
pour consentir à entrer dans ce nouveau paradigme théologique. De quoi ont-elles
peur, revenant du tombeau ? (16,8)
« On peut se demander si une bonne partie des chrétiens n'ont
pas au cours des siècles, plus ou moins consciemment, étouffé cette révélation
déraisonnable, si contraire à l'esprit religieux, si dangereuse pour leur
propre autorité. N'est-il pas plus sûr d'être les représentants et les envoyés
d'une divinité toute-puissante ? (...) En insistant sur l'incompréhension,
Marc ne voulait pas critiquer ceux qui ne comprenaient pas, mais seulement
souligner la profondeur abyssale du mystère divin. De même pour nous aujourd'hui
en voyant avec quelle difficulté cette révélation a péniblement fait son
chemin à travers les siècles, il n'y a aucune raison de se lamenter ou de
s'étonner ; il faut seulement admirer ce que la folie de l'amour de
Dieu a d'invraisemblable et d'incompréhensible. » [27]
Mc met son lecteur croyant en route vers l'aventure spirituelle de la seconde
conversion. Au coeur de nos représentations les plus profondes de Dieu, il
fait retentir l'appel à se convertir au Dieu déroutant de Jésus. Consentir
à cette aventure, c'est quitter les certitudes sur lesquelles nous sommes assis,
au bord d'un chemin de Jéricho. C'est abandonner peu à peu les sécurités religieuses
dont nous nous enveloppons parfois frileusement comme d'un manteau, pour enfin
s'admettre aveugle, manquant et mendiant. La mission des disciples est relayée
au lecteur pour qu'il puisse, marchant sur ce chemin et acceptant de ne jamais
en posséder la fin, proclamer à son tour la metanoia à l'Évangile
révélé en Jésus, Christ, Fils de Dieu, qui est Bonne Nouvelle du mystère
du Règne de Dieu qui se fait tout proche pour nous (1,1 ; 4,11 ;
6,12 ; 13,10 ; 16,15).
(retour au début du texte)
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articles de la revue La vie spirituelle
[16] Chez
Mc, c'est le seul cas où Dieu se manifeste à quelqu'un d'autre que Jésus
(1,11). Aucun songe ni ange-messager. Comme s'il fallait un « cas
de force majeure », ce que suggère la lecture proposée
ici.
[17] Nombreuses
mentions du chemin associé à la suivance comme disciple:
8,34 ; 9,33-34 ; 10,17.21.28.32.46.52
[18] Les
expressions « statut d'initié » et « lecteur
construit par le récit » sont empruntées à l'analyse narrative.
Plus précisément ici à D. MARGUERAT, « La construction du lecteur
par le texte (Marc et Matthieu) », dans C. FOCANT éd., The
Synoptic Gospels : Source Criticism and New Literary Criticism,
(BEThL 110) Louvain, 1993, p. 239-262. Sa présentation relie (et relit)
de façon très éclairante des thèmes majeurs de Mc : la mobilité physique
de Jésus qui, comme la christologie du secret, le fait échapper à « toute
déclaration identitaire », et l'incompréhension des disciples,
problématisée dans le chapitre des paraboles (Mc 4). Son analyse permet
d'élucider « quel profil de croyant se dessine en creux dans
la stratégie narrative » d'un Évangile (p. 244). Elle est complétée
par un développement sur l'éthique, fondé sur les milieux historiques de
production de Mt et Mc.
[19] P.
LAMARCHE, op. cit. p.228-229; mais sa lecture s'oriente vers le
manque de foi en la résurrection salvifique. Sur l'importance des récits
abordés ici : « Les perspectives changent dans la seconde
partie qui est entièrement orientée vers la passion. Les guérisons ne sont
pas absentes, mais elles sont rares, et leur portée théologique apparaît
plus nettement », p. 229.
[20] L'attitude
d'abord hostile de la foule reste inexpliquée. Elle assume en fait le rôle
narratif d'obstacle et permet au récit de camper nettement Bartimée dans
le statut de sujet autonome et désirant ; ce statut est
valorisé aussi par la comparaison avec l'aveugle anonyme et passif de Bethsaïda.
On notera que seuls deux autres récits de guérison mettent en scène une foule-obstacle,
quoique sans hostilité : le paralysé de Capharnaüm et la femme hémorragique.
Dans les deux cas, l'obstacle sert à mettre en valeur le désir actif du sujet
vers Jésus. À chaque fois, la démarche est désignée par le texte comme manifestant
la foi. Nous avons là, avec Bartimée, les trois seuls
récits où Mc signale directement la foi mise en oeuvre (2,5 ; 5,34 ; 10,52).
Elle est acte d'un sujet bien campé comme sujet.
[21] Ibid.,
p. 203.
[22] Dans
une parabole racontée en Juges 9,8-15.
[23] D.
MARGUERAT, op. cit., p. 257-258.
[24] P.
LAMARCHE , op. cit. p. 379-380. L'auteur invite aussi, dans ce
contexte, à relativiser les lectures sacrificielles de la mort de Jésus,
comme des « tentatives toujours renaissantes de ramener cette
mort à du déjà connu et d'interpréter Marc selon des catégories anciennes »,
propres aux religions.
[25] P.
LAMARCHE souligne souvent les affinités entre Paul et l'Évangile de
Mc. De même, D. MARGUERAT : « Paul et Marc sont les seuls
à défendre une théologie conséquente de la croix. (...) Il y a dans la
théologie de Paul et de Marc cette rigueur extrême : Dieu se donne
à connaître dans le visage du Crucifié, et cette révélation bouleversante
invalide toute autre connaissance que l'on pouvait avoir de lui. Il s'ensuit
que pour eux, la spécificité du christianisme ne réside ni dans l'amour de
Dieu, ni dans l'amour du prochain, mais dans la parole de la croix. »
Dans Le Dieu des premiers chrétiens, (Essais bibliques 16), Labor
et Fides, 1990, p. 106.
[26] La
finale 16,9-20 est habituellement considérée comme un ajout postérieur à
une version originale de Mc. Et même ce résumé des expériences d'apparition
évite de présenter un revirement rapide ou facile des disciples.
[27] P.
LAMARCHE, op. cit. p. 382-383