« Un ange passe !... »
Denis Gagnon, o.p.
Article paru dans la revue Prêtre et Pasteur, décembre
2005
La place des anges dans la liturgie ? En résumé, ils
sont là, partout, toujours. Mais ils sont discrets, très discrets !
L'étude qui suit restera le plus modeste possible pour respecter
la discrétion des anges ! Mais aussi et surtout pour ne pas oser
en mettre plus qu'il y en a. Nous nous en tiendrons à l'Eucharistie
où nous retrouvons les anges à la fin de la préface
de la prière eucharistique et dans la seconde partie du Canon romain
(Prière eucharistique I). [1]
La Lettre aux Hébreux définit les anges comme « des
esprits remplissant des fonctions et envoyés en service pour le
bien de ceux qui doivent recevoir en héritage le salut » (1,14).
Services de toute sorte, y compris services liturgiques ; fonctions
variées, sans oublier les fonctions liturgiques.
La louange des anges
Michée décrit le ciel : « J'ai vu
le Seigneur assis sur son trône et toute l'armée des
cieux debout auprès de lui, à sa droite et à sa gauche » (1 Rois 22,19).
On croirait se trouver devant un roi oriental entouré de sa cour.
En Isaïe, la description prend des allures de liturgie où le
rite et l'acclamation trouvent place :
L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis
sur un trône très élevé. Sa traîne remplissait
le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient
chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir
les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre : « Saint,
saint, saint, le Seigneur, le tout-puissant, sa gloire remplit toute la
terre ». Les pivots des portes se mirent à trembler à la
voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée.
(Isaïe 6,1-4)
Un tableau semblable se trouve dans l'Apocalypse. En cet
endroit, les anges sont remplacés par quatre animaux :
Les quatre animaux avaient chacun six ailes couvertes d'yeux tout
autour et au-dedans. Ils ne cessent jour et nuit de proclamer : « Saint,
Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant, Celui qui était,
qui est et qui vient ! » (Apocalypse 4,8)
Une préface de la liturgie eucharistique s'inspire sans doute
de ces deux tableaux quand elle proclame :
Ainsi, les anges innombrables qui te servent jour et nuit se tiennent
devant toi et, contemplant la splendeur de ta face, n'interrompent
jamais leur louange. [2]
Les anges manifestent Dieu. Leur mission consiste à exprimer, pour
ainsi dire, le visible de l'invisible, le perceptible de la gloire
imperceptible de Dieu. La préface des anges l'évoque
bien :
« Vraiment,
il est juste et bon de t'offrir notre action de grâce, Dieu éternel
et tout-puissant, et de te rendre gloire pour tes Anges et tes Archanges :
l'admiration que leur fidélité nous inspire rejaillit
jusqu'à toi, et la splendeur de ces créatures spirituelles
nous laisse entrevoir comme tu es grand et combien tu surpasses tous les êtres.
Avec cette multitude d'esprits bienheureux, qui t'adorent dans
le ciel par le Christ, notre Seigneur, nous te chantons ici-bas en proclamant... »
La Première lettre aux Thessaloniciens et celle de Jude mentionnent
l'existence des archanges (1 Thessaloniciens 4,16 ; Jude 9).
La Lettre aux Hébreux décrit le culte ancien et évoque
les chérubins (9,5). La Lettre aux Éphésiens reconnaît
le Christ « au-dessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance,
Souveraineté et de tout autre nom qui puisse être nommé non
seulement dans ce monde, mais encore dans le monde à venir » (1,21 ;
cf. Colossiens 1,16). La conclusion solennelle de certaines
préfaces de l'Eucharistie reprend la liste des hiérarchies
célestes : « C'est pourquoi avec les anges
et les archanges, avec les puissances d'en haut et tous les esprits
bienheureux,nous chantons l'hymne de ta gloire et sans fin nous proclamons. » [3] Tous
ces anges, ordonnés selon une hiérarchie plus ou moins mystérieuse,
forment la cour céleste de Dieu , « l'assemblée
des saints » (Psaume 89(88),6 ; cf. Job 5,1 ;
15,15 ; Daniel 4,10).
La plupart des préfaces mentionnent la présence des anges
pour associer l'assemblée au chant qu'ils adressent à Dieu
dans leur continuelle louange : « C'est pourquoi,
avec les anges et tous les saints, nous proclamons ta gloire en chantant
(disant) d'une seule voix... » [4] L'assemblée
eucharistique regroupe ceux et celles qui ont été initiés
au mystère pascal du Christ. Dieu les a « ressuscités
et fait asseoir dans les cieux, en Jésus Christ » (Éphésiens 2,6).
La Lettre aux Hébreux précise :
Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la
ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, et des myriades
d'anges en réunion de fête, et de l'assemblée
des premiers-nés, dont les noms sont inscrits dans les cieux, et
de Dieu, le juge de tous, et des esprits des justes parvenus à l'accomplissement,
et de Jésus, médiateur d'une alliance neuve, et du
sang de l'aspersion qui parle mieux encore que celui d'Abel.
(Hébreux 12,22-24)

L'Apocalypse décrit le choeur des anges :
Et j'entendis la voix d'anges nombreux autour du trône,
des animaux et des anciens. Leur nombre était myriades de myriades
et milliers de milliers. Ils proclamaient d'une voix forte : « Il
est digne, l'agneau immolé, de recevoir puissance, richesse,
sagesse, force, honneur, gloire et louange ». (Apocalypse 5,11-12)
Et tous les anges rassemblés autour du trône, des anciens
et des quatre animaux tombèrent devant le trône, face contre
terre, et adorèrent Dieu. Ils disaient : « Amen !
Louange, gloire, sagesse, action de grâce, honneur, puissance et
force à notre Dieu pour les siècles des siècles !
Amen ! » (Apocalypse 7,11-12)
Le chant des anges, inséré dans la prière eucharistique,
ressemble à ces cantiques. Il commence par la mention de la sainteté de
Dieu. L'adjectif qualificatif est proclamé trois fois selon
la règle en hébreu pour exprimer le superlatif. La préface énumérait
les merveilles de Dieu, surtout dans l'incarnation de son Fils. Le Sanctus vient élargir
la mention des merveilles et l'étendre à l'ensemble
de la création de Dieu : le ciel et la terre ! Et elle le
fait pour dire que tout ce qui existe manifeste la gloire de Dieu. Ici, la
liturgie chrétienne emprunte à la prière juive de la Qeduscha,
prière proclamée au matin du sabbat :
Nous te sanctifions et nous faisons éclater ta gloire comme les
saints seraphim te sanctifient dans leur langage doux, sacré et
mystérieux. Ainsi qu'il est écrit par ton prophète,
l'un avertit l'autre et tous s'écrient : « Saint,
saint, saint est l'Éternel Sabaoth. Toute la terre est remplie
de sa majesté ». Et s'unissant dans leurs louanges,
ils disent : « Que la majesté de l'Éternel
soit louée en son séjour ». [5]
La Genèse décrit le songe de Jacob : « Voici
qu'était dressée sur terre une échelle dont
le sommet touchait le ciel, des anges y montaient et y descendaient » (Genèse 28,12 ;
cf. Jean 1,51). Comme l'échelle, la liturgie unit le
ciel et la terre, remplis de la gloire de Dieu comme l'évoque
l'hymne qui prolonge la préface de la prière eucharistique.
La liturgie chrétienne a ajouté un second « couplet » à l'hymne
des anges. Cette strophe évoque « celui qui vient au
nom du Seigneur ». On
lui prépare le chemin comme l'annonçait Jean Baptiste
(Cf. Matthieu 3,3 et parallèles), comme le disait déjà longtemps
avant lui le Psaume 118(117),26. L'assemblée s'associe à l'Esprit
et à l'Épouse pour dire : « Viens !
Que celui qui entend dise : Viens ! Que celui qui a soif vienne ! Que
celui qui le veut reçoive de l'eau vive, gratuitement. » (Apocalypse 22,17)
En « celui qui vient », nous reconnaissons le
Ressuscité. Dans l'Eucharistie, il deviendra « le
pain de la vie et la coupe du salut ». En « celui
qui vient », nous pensons aussi à son Corps qui est
l'Église. La prière eucharistique fait de l'assemblée
qui célèbre l'Église de Dieu, le Corps du Christ,
le Temple de l'Esprit. La vieille formule patristique qui parcourt
les siècles jusqu'à nous l'exprime bien : « L'Église
fait l'Eucharistie et l'Eucharistie fait l'Église » !
« Hosanna au plus haut des cieux ! » :
comme un refrain après chaque couplet, le mot hébreu « Hosanna » pourrait
se traduire : « Donne le salut » ou « Sauve-nous
donc » ! Le cri est joyeux même si les mots ressemblent à une
supplication. Comme la foule à l'entrée à Jérusalem
au jour des rameaux, ceux qui chantent « Hosanna » sont
persuadés que Dieu va intervenir. Un sursaut du désir lance
la prière comme une acclamation. C'est déjà l'action
de grâce alors même que la prière demande encore d'être
exaucée.
L'ange du sacrifice
Dans
le tableau en Isaïe, les anges sont des séraphins, c'est-à-dire
des « brûlants ». L'un d'eux s'avance vers le prophète
pour un rite à accomplir au nom de Dieu : il touche les lèvres
du prophète avec une braise qu'il a prise sur l'autel de l'encens.
Le rite purifie Isaïe : « Ta faute est écartée,
ton péché est effacé » (6,7).
Entre Dieu et les célébrants de la terre, l'ange établit
un lien. Il forme un pont. Il devient porte-parole de l'un et de l'autre,
quelque chose qui s'apparente au rôle liturgique du Grand Prêtre
au Temple. C'est dans cette perspective que Raphaël se révèle à Tobit
et à sa famille :
Lorsque tu as prié, ainsi que Sara, c'est moi qui ai présenté le
mémorial de votre prière en présence de la gloire
du Seigneur, et de même lorsque tu enterrais les morts. (Tobit 12,12)
Dans la prière eucharistique I, le traditionnel Canon romain,
on rencontre un ange qui joue un rôle semblable :
Nous t'en supplions, Dieu tout-puissant : qu'elle soit portée
par ton ange en présence de ta gloire, sur ton autel céleste,
afin qu'en recevant ici, par notre communion à l'autel, le corps
et le sang de ton Fils, nous soyons comblés de ta grâce et
de tes bénédictions.
Qui est donc cet ange ? À travers les siècles, on a avancé des
hypothèses. Certains voient en lui le Saint Esprit lui-même
et ils font de la prière une épiclèse en bonne et due
forme. L'expression « ton ange » ou « ton saint
ange » a pu suggérer à d'autres le Christ. En effet,
le déterminant possessif suggère que l'ange est unique et particulièrement
relié au Père à qui s'adresse la prière. Ne serait-ce
pas le Fils lui-même ? Bien plus, le texte latin contient un adjectif
qualifiant que nous ne retrouvons pas dans la traduction française : « per
manus sancti Angeli tui ». L'ange est un « saint
Ange ». C'est le titre que Pierre attribue au Christ dans ses discours
aux Actes des apôtres. Ainsi, le jour de la Pentecôte, l'apôtre
cite le Psaume 16,10 : « Tu ne laisseras pas ton
Saint connaître la décomposition » [6] .
Le titre se retrouve dans le discours au Temple après la guérison
du paralytique à la Belle-Porte : « Vous avez refusé le
Saint et le Juste », dit-il (Actes 3,14). Quant à l'appellation « ange »,
ne signifie-t-elle pas « envoyé » ou « messager » et
Jésus ne se considère-t-il pas lui-même comme l'envoyé du
Père ? [7] L'argumentation
est séduisante. Aussi est-il normal qu'on ait pensé au Christ.
Cependant pourrait-on affirmer que l'auteur originel de la prière
eucharistique ait voulu parler du Seigneur lui-même ? On peut
en douter. Le plus vieux témoin du Canon romain, le Traité sur
les sacrements de saint Ambroise de Milan, cite la prière en
utilisant le pluriel : « Nous te prions d'accepter cette
oblation par la main de tes anges sur ton autel... » [8] Demeurons
prudents et concluons tout simplement : l'ange en question est un ange !
C'est, d'ailleurs, l'opinion des meilleurs spécialistes. [9]
La prière eucharistique ressemble, ici, à la description de
l'ouverture du septième sceau dans l'Apocalypse :
Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu. Il leur fut donné sept
trompettes. Un autre ange vint se placer près de l'autel. Il portait
un encensoir d'or, et il lui fut donné des parfums en grand nombre,
pour les offrir avec les prières de tous les saints sur l'autel
d'or qui est devant le trône. Et, de la main de l'ange, la fumée
des parfums monta devant Dieu, avec les prières des saints. » (Apocalypse 8,2-4) [10]
La prière reflète la foi toute biblique en la présence
des anges qui accompagnent et protègent les amis de Dieu. C'est le
cas de Moïse à qui Dieu fait la promesse suivante :
Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder en chemin et te faire
entrer dans le lieu que j'ai préparé. Prends garde à lui
et entends sa voix, ne le contrarie pas, il ne supporterait pas votre révolte,
car mon nom est en lui. Si tu entends sa voix et fais tout ce que je dis,
je serai l'ennemi de tes ennemis et l'adversaire de tes adversaires. (Exode 23,20-22.
Cf. Psaume 91,11 ; Tobit 5,21-27 ; Luc 4,10.)
La prière du Canon romain parle d'autels. La signification qu'évoque
ce meuble dans la prière eucharistique éclaire le sens que
peut revêtir la fonction de l'ange. La prière dit :
Qu'elle [l'offrande] soit portée par ton ange en présence
de ta gloire, sur ton autel céleste, afin qu'en recevant ici, par
notre communion à l'autel, le corps et le sang de ton Fils, nous
soyons comblés de ta grâce et de tes bénédictions.
Nous sommes en présence de deux autels : le céleste et
celui qui est devant nous pendant l'assemblée. Deux autels de nature
différente, de signification différente. Avec eux nous établissons
une relation différente. Et pourtant, les deux meubles sacrés
se rencontrent ici. Explicitons. Dans le Code de l'Alliance, le Seigneur
dit à Moïse :
Tu me feras un autel de terre pour y sacrifier tes holocaustes et tes
sacrifices de paix, ton petit et ton gros bétail ; en tout
lieu où je ferai rappeler mon nom, je viendrai vers toi et je te
bénirai. Mais si tu me fais un autel de pierres, tu ne bâtiras
pas en pierre de taille, car en y passant ton ciseau, tu le profanerais.
(Exode 20,24-25)
L'autel est d'abord une pierre ou de la terre. La matière ne doit
pas être travaillée, mais demeurer « nature ». À la
verticale, la pierre est dressée, entre ciel et terre, pour relier
Dieu et les croyants. Ainsi l'autel devient lieu de rencontre, de sainte
rencontre, comme ce fut le cas pour Jacob qui éleva
là un autel et appela ce lieu 'Le-Béthel' car c'est là que
la divinité s'était révélée à lui
quand il fuyait devant son frère. « Jacob érigea
une stèle dans le lieu où Dieu avait parlé avec lui,
une stèle de pierre sur laquelle il fit une libation et versa de l'huile.
Jacob appela Béthel le lieu où Dieu avait parlé avec
lui. » (Genèse 35,7.14-15)
Situé dans le Temple de Jérusalem, l'autel terrestre évoque
l'autel céleste. Du même coup, on aménage la liturgie
du Temple pour représenter la liturgie du ciel. L'inauguration du
Temple de Salomon exprime le lien étroit entre la terre et le ciel :
Lorsque Salomon eut fini de prier, le feu descendit des cieux, il dévora
l'holocauste et les sacrifices, et la gloire du Seigneur remplit la Maison.
Les prêtres ne purent pas entrer dans la Maison du Seigneur, car
la gloire du Seigneur avait rempli la Maison du Seigneur. Tous les fils
d'Israël virent descendre le feu et la gloire du Seigneur sur la Maison.
Ils s'inclinèrent le visage contre terre sur le pavement et ils
se prosternèrent en célébrant le Seigneur : « Car
il est bon, car sa fidélité est pour toujours. » (2 Chroniques 7,1-3.
Cf. 6,18-21)
Ainsi donc, à travers le Temple et sa liturgie, l'assemblée
d'Israël a accès à la liturgie céleste comme les
bergers dans la nuit de Noël en reçoivent la grâce : « Gloire à Dieu
au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés » (Luc 2,14.
Cf. 2,20).
De son côté, l'Apocalypse décrit la liturgie du ciel
en s'inspirant de celle de la terre :
Je vis sous l'autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause
de la parole de Dieu et du témoignage qu'ils avaient porté.
Ils criaient d'une voix forte : « Jusques à quand,
maître saint et véritable, tarderas-tu à faire justice
et à venger notre sang sur les habitants de la terre ? » Alors
il leur fut donné à chacun une robe blanche. (Apocalypse 6,9-11.
Cf. 8,3-4)
Avec la venue du Christ, Seigneur ressuscité, l'autel de pierre comme
le Temple cèdent leur place à un nouvel autel et à un
nouveau Temple.
Les douze portes étaient douze perles. Chacune des portes était
d'une seule perle. Et la place de la cité était d'or pur
comme un cristal limpide. Mais de temple, je n'en vis point dans la cité,
car son temple, c'est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant ainsi que l'agneau.
(Apocalypse 21,21-22. Cf. Hébreux 10,19-21 ; 13,10)
Voilà la liturgie définitive, celle de l'éternité quand
tous les êtres, les célestes comme les terrestres, se retrouveront
dans le Christ, selon le projet de Dieu (Éphésiens 1,10).
D'ici là, nous vivons dans l'espérance :
Si notre demeure terrestre, qui n'est qu'une tente, se détruit,
nous avons un édifice, oeuvre de Dieu, une demeure éternelle
dans les cieux, qui n'est pas faite de main d'homme. Et nous gémissons,
dans le désir ardent de revêtir, par-dessus l'autre, notre
habitation céleste, pourvu que nous soyons trouvés vêtus
et non pas nus. (2 Corinthiens 5,1-2)
En attendant, l'autel de l'Eucharistie, devant lequel l'Ange se tient, est
symbole du Christ ressuscité.
L'autel de la terre est comme le « sacrement » de
l'autel céleste. Le Christ sacramentellement présent sur
l'autel terrestre appelle donc la plénitude de sa participation
et de sa vision (1 Corinthiens 13,12) dans le monde nouveau,
le monde christique. Nouvel autel,Jésus-Christ est le lieu de la
communication des hommes avec Dieu. [11]
Près de l'autel, l'Ange ne transporte pas les offrandes dans un autre
lieu. Au-delà de l'espace et du temps, il évoque en espérance
la présence de l'assemblée à la liturgie céleste
et lui permet d'en jouir dans ses liturgies terrestres. L'Ange accomplit
alors une fonction sacerdotale ou quasi sacerdotale, à la manière
du prêtre du Premier Testament. En ce sens, il évoque le rôle
du Christ comme le décrit la Lettre aux Hébreux.
Conclusion
Dans une veillée familiale ou entre amis, il arrive à certains
moments de la rencontre que la conversation s'arrête. Elle tombe, le
temps d'un instant de silence. On dit alors : « Tiens !
Un ange passe !... » L'expression pourrait s'appliquer à la
présence des anges dans la liturgie, spécialement dans la célébration
de l'Eucharistie. Dans les rituels chrétiens, les anges passent, le
temps d'un silence ou plutôt le temps d'un cri de louange. Ils sont
toujours là. Je n'ai pas rencontré de rituel où ils
sont complètement ignorés. Mais ils sont là discrets,
presque effacés. Ils sont là, le temps d'un silence, pour mieux
les voir passer.
La discrétion des anges dans la liturgie nous renvoie à la
Bible. Là, les esprits bienheureux se laissent découvrir sous
différents jours. Avant tout, ils sont un reflet de la gloire divine
et ils orientent le regard vers le Dieu trois fois saint. Et leur présence
dans la liturgie ne révèle toute sa richesse que dans la mesure
où nous parvenons à les rencontrer dans les Saintes Écritures.
Le sanctoral propose deux fêtes d'anges dans son calendrier en début
d'automne : les archanges Michel, Gabriel et Raphaël, au 29 septembre,
et les saints anges, les anges gardiens, le 2 octobre. Il existe une messe
votive en l'honneur des anges. Ces fêtes comme cette messe votive expriment
sensiblement les mêmes caractéristiques que nous avons trouvées
dans les préfaces comme dans le Canon romain.
bibliothèque virtuelle :
2002-2005 | 2006-2009 | 2011-2012
[1] Les anges apparaissent
parfois dans les lectures bibliques. Mais recenser le lectionnaire supposerait
un travail qui dépasse le cadre de cet article.
[2] Conclusion de la préface
de la Prière eucharistique IV.
[3] Conclusion des préfaces
de l'Avent I et II (solennelle), de la Nativité I, de l'Épiphanie,
du Carême I et III, de la Passion I, de l'Eucharistie I, des
dimanches du temps ordinaire I, II, de la préface commune I. Le missel
de saint Pie V était plus explicite : « Par lui [le Christ,
notre Seigneur], les anges louent ta majesté, les dominations l'adorent,
les puissances des cieux la redoutent, les forces des cieux et les séraphins
sacrés la célèbrent dans une commune allégresse. » (Préface
des jours ordinaires, traduction du Missel de l'assemblée
chrétienne, présenté par l'Abbaye de Saint-André,
Bruges/Paris, Biblica, 1964, p. 987)
[4] Conclusion des préfaces
de l'Avent I et II (simple), de la Nativité I, de l'Épiphanie,
du Carême I et III, de la Passion I, de l'Eucharistie I, du Christ
Roi, des dimanches du temps ordinaire I, II, de la préface commune
I.
[5] Cité en MAERTENS,
Thierry, Pour une meilleure intelligence de la prière eucharistique,
coll. « Paroisse et liturgie », no 42, Bruges/Paris,
Publications de Saint-André/Biblica, 1963, p. 25.
[6] D'après
le texte grec. Cf. Actes 13,35.
[7] Cf. Matthieu 10,40
; 15,24 ; Marc 9,37 ; Luc 4,43 ; 9,48 ; 10,16 ; Jean 3,17
; 5,36 ; 5,38 ; 6,29 ; 6,57 ; 7,29 ; 8,42 ; 10,36 ; 11,42 ; 17,3.8.18.21.23.25
; 20,21.
[8] AMBROISE DE MILAN, Des
Sacrements, IV, 27, traduction de Dom Bernard BOTTE, coll. « Sources
chrétiennes », no 25bis, Paris, Cerf, 1961, p. 116-117.
[9] Comme Dom Bernard
BOTTE, « L'ange du Sacrifice », dans Cours
et conférences des semaines liturgiques, Tournai, du 25 au 29
juillet 1928, Bruges/Paris, Abbaye du Mont César, Louvain/Desclée
de Brouwer, 1929, p. 209-221 ; Dom Bernard BOTTE, « L'ange
du sacrifice et l'épiclèse de la messe romaine au Moyen-Âge,
dans Recherches de théologie ancienne et médiévale,
1929, p. 285-308.
[10] Une scène
semblable est évoqué en Luc 1,9-11, quand l'ange
apparaît à Zacharie au moment où il offre l'encens.
Cf. Genèse 22,11-15 ; Juges 6,2-22 ; 1 Chroniques 21,18-30.
Cf. aussi Genèse 28,12 et Jean 1,51, déjà cités.
[11] ROUET, Albert, À la
découverte des prières eucharistiques, Paris, Centre
Jean-Bart, 1981, p.61.