Catéchèse et authenticité :
la convergence de la pensée de Lonergan
et de la Catéchèse biblique symbolique
dans la réponse à la modernité
Gaston
Raymond, o.p.
Conférence présentée au Colloque Lonergan
:
« Moi authentique et appartenances »,
16 avril 2005
Introduction – problématique
Christiane Singer, la passionnée de la quête de sens, écrivait
en 2001 :
« Les institutions ont découragé l'expérience
directe, et c'est cet élan qui resurgit en ce moment. Une sorte
de libération de l'autorité imposée et de l'idolâtrie
sous toutes ses formes qui s'interpose entre l'homme et son expérience
profonde. Une recherche énorme d'authenticité.
On n'accepte plus l'eau des citernes, on cherche de l'eau de source. ‘Où cours-tu
? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?’ disait Angelus Silesius
au XVIIe siècle. La spiritualité laïque, c'est sans
doute ça. Les Églises ont oublié de nous le dire. »
[1]
Je retiens le diagnostic de C. Singer mais je modifierais ou je mieux je
complèterais ainsi : « Les Églises sont en train d'apprendre à nous
le dire pour aujourd'hui ».
Timothy Radcliffe reprend la même conviction dans un ouvrage récent
:
« Si notre siècle est tellement marqué par la
violence, c’est sûrement en partie parce qu’il a perdu
sa confiance dans notre capacité à atteindre la vérité ensemble.
La violence est l’unique ressource dans une culture qui n’a
aucune confiance dans la recherche commune de la vérité.
Dachau, Hiroshima, le Rwanda, la Bosnie : ce sont tous des symboles de
l’effondrement d’une foi dans la possibilité de construire
un foyer commun d’humanité par le dialogue. Ce manque de confiance
peut prendre deux formes, un relativisme qui désespère d’atteindre
jamais à la vérité, et un fondamentalisme qui affirme
que la vérité est déjà entièrement en
notre possession. »
[2]
Ces exhortations récentes rejoignent un paragraphe de Bernard Lonergan
dans Pour une méthode en théologie, écrit 30
ans auparavant :
« La stratégie du théologien ne consistera pas à prouver
sa propre position ni à réfuter les contrepositions, mais
plutôt à montrer la diversité qui existe et à signaler
les éléments de preuve qui permettront de mettre au jour
les racines de cette diversité. De cette manière, il attirera
ceux qui apprécient l'authenticité humaine intégrale
et il gagnera à sa cause ceux qui réussissent à l'atteindre.
En effet l' idée de base de la méthode que nous essayons
de développer s'appuie sur la découverte de ce qu'est
l'authenticité humaine et sur une manière adéquate
d'y faire appel. Ce n'est pas une méthode infaillible, car les hommes
demeurent facilement dans l'inauthenticité, mais c'est une méthode
efficace, car l'authenticité est à la fois le besoin le plus
profond de l'homme et la réussite qu'on estime le plus chez lui. »
[3]
Comment cette connexion avec le sujet authentique tel que compris par Lonergan
promeut-elle et s'applique-elle à l'activité pastorale, ici à la
catéchèse, un des rôles fondamentaux pour qu'existe une
communauté chrétienne, à coté des trois rôles
ou fonctions, sacerdotale (cultuel), pastorale et prophétique ? La démarche
pastorale doit être analogue, dans sa visée de l'authenticité, à celle
du théologien que Lonergan décrivait.
Comment cette connexion avec le sujet authentique tel que compris par Lonergan
promeut-elle et s'applique-t-elle à l'activité pastorale, dans
ce champ de la catéchèse où il s'agit de susciter une
résonance – un faire écho – dans la conscience, à la
Parole de Dieu.
1. Le contexte depuis Vatican II
Évocation de mon travail dans ce contexte de bouleversements.
Dès 1960, on savait que la réalité chrétienne demandait à la
fois fidélité et transformations
Tout étudiant ou jeune professeur de l'époque, même en
appréciant certaines choses d'alors, sentait une inadéquation
aux besoins du temps. Je ne reprends pas le mythe « Grande Noirceur »
[4] mais je me rappelle que certains avaient souci d'un changement
plus global. Je cherchais un guide ou un ou des maîtres pour tirer
du passé ce qui méritait de rester et détecter, construire
quelque chose de différent. En résumé nous entrions
dans un grand désert.....où nous sommes encore. Je résumerais
le climat en trois mots : élan, illusions, désarroi.
1.1 Contexte
Signalons pour mémoire la liste des regards sérieux sur la
situation de l'Église au Québec qui jalonne l'histoire de ce
contexte.
1970, Rapport de la Commission sur les laïcs et l'Église (1968-70)
présidé par Fernand Dumont
1982, Situations et avenir du catholicisme québécois : entre
le temple et l'exil
1992, Risquer l'avenir, Assemblée des Évêques
du Québec
1995, Le défi des générations, Jacques Grand'Maison
2000, Les opérations de « Réaménagements pastoraux » ou « Décroître
et évangéliser »
1.2 Explications courantes
Ce contexte a été décrit et expliqué « sociologiquement » comme
une sécularisation et modernisation menant à la disparition du
religieux sous l'impact des sciences et de l'industrialisation. La fin de la
chrétienté et la précarité du christianisme ont
suivi. Une prédiction sociologique dominait la pensée : la religion
est appelée à disparaître dans le monde moderne. Bien que
depuis trente ans certains notaient que cette prédiction ne correspondait
pas à l'observation de la résistance du religieux.
1.3 Un séisme inaperçu
Si nous expérimentions les chocs et le chaos et tentions de nous les
expliquer, ce n'est que lentement que leur compréhension se précise.
Beaucoup d'interprétations de la situation du religieux en Occident
ont été élaborées en lien avec les débuts
de l'industrialisation. Or nous sommes entrés dans une étape
nouvelle pour certains :
Davie G., La religion des britanniques, 1996 (original
1994, Thèse
: "Entre christianisme nominal et fondamentalisme")
Hervieu-Léger D., Catholicisme, La fin d'un monde, Bayard 2003
Berger Peter L. dir, Le réenchantement du monde, Bayard 2001,
p 99-128
Taylor C., La diversité de l'expérience religieuse aujourd'hui,
Bellarmin 2003
(original : Varieties of Religion, Harvard U.Press 2002)
Les statistiques présentent le paradoxe d'une résistance, même
d'un retour du religieux, et simultanément d'un déclin des organisations
religieuses traditionnelles, en Europe et au Québec. Ce paradoxe commence à être éclairé.
Ainsi à partir de ses observations en Angleterre, Grace Davie (Blackwell
1994) résume le rapport aux églises en parlant du « croire
sans appartenir » et pour la France, Danièle Hervieu
Léger évoque une situation similaire dans Catholicisme. La
fin d'un monde. La sécularisation prévue au siècle
dernier ne se réalise pas mais ni non plus le retour au passé.
Une telle situation est une provocation et un appel aux quêtes de sagesse,
dont le besoin est alimenté par les grandes mutations culturelles.
Ces statistiques répétées documentent ce que chacun
a déjà pressenti et demandent une réponse aux institutions
qui étudient les questions ultimes ou de sens que les humains peuvent
se poser. Que se passent-il dans la vie des gens sous les statistiques observées
? Comment nos sociétés en transformation modifient-elles la
vision de l'existence de leur membres ?
La transformation que nous vivons sous une forme aiguë résulte
d'une cause qui est la « révolution morale » des
années soixante et qui a mis en place une autre configuration
du sens de la vie devenue une évidence, connexe à l'abondance
dans nos sociétés modernes occidentales. Les individus se comprennent
comme entièrement autonomes et refusant toute intervention dans leur
vie privée. La transcendance devient purement immanente ; « faire
sa vie comme chacun l'entend », « poursuivre son bonheur ».
La recherche de l' épanouissement « est considérée
de plus en plus largement comme la finalité de l'engagement de chacun
dans le travail, dans la famille, dans les relations amicales, dans les loisirs,
etc. » C'est le droit fondamental de chacun à atteindre
son bonheur selon les voies qu'il choisit lui-même, telle est la culture
contemporaine de l'autonomie individuelle. Selon D.Hervieu Léger,
ce grand déplacement s'est produit autour des années 60.
L'individu reçoit de sa culture l' « impératif
d'être soi ». Cette approche de la conduite de sa vie le
libère d'instances extérieures mais en le rendant responsable
de tout, elle introduit une fragilité « moderne ».
Le sentiment subjectif « d'être insuffisant » est
susceptible de se cristalliser dans des pathologies multiples et de gravité diverse,
de l'épreuve du « stress » au suicide.
Un second aspect de cette vision de la vie comme épanouissement
de soi et par soi est son incompatibilité avec la vision chrétienne
de la vie où la réussite et l'épanouissement articulent
responsabilité humaine et accueil du Mystère de Dieu. La réticence
face à l'institution ecclésiale tire une bonne part de son
origine dans ce déphasage entre les deux configurations du sens de
la vie. [5]
1.4 L'expérience religieuse contemporaine
On ne se trompera pas en réfléchissant à cette question
en recourant à l'ouvrage récent du philosophe canadien Charles
Taylor, La diversité de l'expérience religieuse aujourd'hui.
[6] L'expérience religieuse vit un changement de climat
ou couleur. Si autrefois on ressentait au départ sa distance ou inadéquation
au transcendant, d'où la place du péché et de la culpabilité,
c'est la confrontation au vide et à l'absence de sens qui l'introduit
souvent aujourd'hui en Occident. L'individualisme nourri par les possibilités
de la consommation et la centration sur soi ne favorise plus les solidarités
traditionnelles des groupes, de la nation et des Églises.
« Supposons que nous vivions dans un monde où de plus
en plus de gens seraient forcés de quitter les niches confortables
dans lesquelles ils pouvaient être croyants ou incroyants en accord
avec leur milieu, et qu'ils soient poussés sur la crête, à l'intersection
des deux versants, (..). Ce monde n'en sera-t-il pas un dont le modèle
de vie spirituelle reposera de plus en plus sur des décisions personnelles,
obligeant chacun à choisir pour lui-même un parti ou l'autre
(..) Nous pouvons imaginer qu'il en sera ainsi de deux façons :
la sphère publique sera de plus en plus séculière
et neutre, c'est-à-dire qu'il sera de moins en moins possible de
permettre au cadre social dans lequel sont prises les décisions
individuelles de refléter l'un ou l'autre parti ; et le paysage
spirituel créé par les choix individuels sera de moins en
moins ouvert aux liens collectifs. »(p.61) « Le spirituel
n'est plus intrinsèquement lié à la société ».
(p.98)
Si l'originalité de la conjoncture socio-culturelle courante est
reconnue, elle nous avertit ne de pas céder au dilemme contemporain
du religieux, c'est à dire à l'alternative entre le
christianisme nominal majoritaire et le fondamentalisme, les deux émergeant
du même contexte moderne où il faut choisir sa réponse
aux questions ultimes. Mais surtout elle nous invite à aborder dans
la catéchèse, formation chrétienne ou éducation
de la foi, le défi de ce sujet moderne à la fois libre et fragile.
L'osmose par lesquelles se transmettaient les valeurs humaines et les convictions
religieuses insérées dans un tissu collectif, église
ou nation, doit être remplacée par une initiation et éducation
consciente et dont on voit les premiers fruits dans les projets catéchétiques
des diocèses, par exemple. Mais il s'agit de plus que de nouveaux
programmes ou instruments. Il faut savoir quel type d'expérience humaine
et ensuite religieuse est à rejoindre et est possible aujourd'hui.
Les chiffres des sondages renvoient à la situation contemporaine où de
plus en plus de gens se retrouvent sur la « ligne de crête »,
c'est à dire libre mais aussi sans rattachement à des traditions.
Quand l'osmose culturelle laisse la place à la recherche individuelle,
les démarches de sagesse deviennent plus importantes et plus explicites.
2. Ce que Lonergan nous a appris... à travers cette marche au désert
2.1 Quelques apprentissages
Notre passé acquis ne suffisait plus mais il n'était pas
sans valeurs. Lonergan m'a aidé à respecter la tradition et à la
poursuivre devant des problèmes différents. Au lieu de la rupture
et de la poursuite de chimères, nous avions à vivre un déplacement
radical : passer de la culture classique à la culture historique au
sens que Lonergan donne à ce terme.
Devant l'explosion du moi – narcissisme, individualisme, subjectivité et
la thérapeutique comme religion de la classe moyenne (Christopher
Lasch) – Lonergan nous conduisait à la découverte du « sujet » dans
sa subjectivité et sa capacité d'objectivité, aidait à noter
ses déformations, son oubli. Il nous apprend à remplacer l'évocation
de la raison par la découverte en chacun de sa conscience propre en état
d'exercice, donc dans sa dynamique. On échappait ainsi à la
pensée conceptualiste, au positivisme culturel dominant, en reconnaissant
et en distinguant les niveaux de conscience caractérisés par
des actes typiques : expérience sensible et autre, émergence
du questionnement selon les niveaux, l'insight, le jugement et la
praxis jusqu'à l'amour. L'esprit nous apparaissait dans sa dynamique
immédiate et dans sa portée et le cycle de son déploiement
reconnaissait le « roc caché » d'où surgissent
toutes les entreprises humaines, des savoirs aux organisations et aux cultures.
La « raison droite » des anciens devenait une possibilité et
une expérience de « learning », d'apprentissage.
L'attitude relativiste où tout se vaut pourvu que ce soit énoncé sans
pression devenait moins évidente.
Au lieu de simplement apprendre, il fallait observer, questionner, comprendre,
vérifier et mettre en pratique. Entre ces niveaux progressifs de la
dynamique consciente humaine, un « opérateur
« – le questionnement – stimulait la progression.
Et je note en passant que l'imaginaire n'était pas que le fruit de
la « folle du logis ». Pour dégager l'intelligibilité d'un
groupe de données, pour en avoir un insight et en formuler
une explication, hypothèse, il faut l' esquisser dans une image : « insights
into phantasmata ».
Ce tournant anthropologique est formulé à travers l'oeuvre
de Lonergan et montré comme processus personnel. [7]
Cette appréhension de la dynamique spirituelle du sujet est à l'oeuvre
dans les diverses connaissances et même dans le sens commun, dans le
travail des humains qui font fonctionner le monde. Elle structurera le travail
théologique, puis d'autre champs du savoir, l'économie par
exemple. Ainsi l'accumulation des champs théologiques, en concurrence
impérialiste entre eux, pouvaient commencer à s'articuler entre
eux. Le travail théologique avait deux faces : l'appréhension
de la tradition chrétienne qui rendait possible la conversion ou l'acte
de foi et, de là, l'élaboration pour l'avenir de la vision
et de l'action chrétienne.
Ces allusions voudraient laisser soupçonner le déplacement
proposé par Lonergan. Ce qui nous conduit à recentrer la réflexion
théologique. Bernard Lonergan accomplit :
« le déplacement massif de la perspective classique
de la théologie à celle axée sur le sujet en voie
d'achèvement humain et religieux, ce qui déplace la spiritualité de
ce coin – endroit étrange – appelé théologie
mystique, ascétique ou spirituelle, vers la position de fondement
de la théologie [foundational position] » [8] « Bref
Lonergan demande ...à la fois que la self-transcendance du théologien
chrétien et de la communauté chrétienne soit pensée
comme fondatrice. La théologie se comprend non pas comme un commentaire
de la doctrine ou des sources bibliques, mais comme une réflexion
sur la praxis transformée du sujet chrétien. C'est dire que
le foyer de la théologie est la thématisation de la ‘métanoia’,
de la conversion progressive que vivent les communautés et le théologien
lui-même. » [9]
Le théologien c'est ce croyant qui réfléchit critiquement
sur son expérience religieuse et celle de sa communauté..
Le service pastoral, ses ministères – ou ses grandes dimensions,
ne consiste pas à vulgariser un champ ou l'autre de « la » théologie,
exégèse, droit canon, histoire, etc., mais à soutenir
la conversion chrétienne et sa poursuite dans la conscience que la
théologie médiatise entre religion (chrétienne) et des
cultures. Dans notre cas, passer de la « culture classique »
à une figure différente, « historique » au
double sens de connaissance du passé comme construit par les humains
et de construction en cours d'univers concrets de vie et de pensée,
etc. Il s'agit de passer de la transmission d'un acquis déjà ficelé
à un cheminement d'appropriation, de décision, et de reformulation
et de construction. Avec Michael Novak [10],
je pense que le service pastoral doit bien développer les fonctions
proches de la conversion que sont la dialectique ( les conflits
d'horizons) et les fondements qui explicitent la conversion du sujet.
2.2 L' authenticité
Il y plusieurs notions de l'authenticité, pensons à Charles
Taylor ou à Heidegger. Lonergan en a une compréhension qui
sous-tend son oeuvre.
Le déroulement de cette dynamique du sujet, si elle subit des gauchissements
et refus, reste toujours à l'oeuvre en chacun ; – on peut enfoncer
l'oeil de l'âme dans la boue mais on ne peut l'arracher de soi, Platon dixit.
L'authenticité sera comprise par Lonergan comme ce chemin du dépassement
de soi dans la fidélité à cette dynamique qu'il résumera
dans les quatre impératifs transcendantaux qui émergent avec
la conscience humaine. L'énonciation de la notion de la méthode
transcendantale et des impératifs transcendantaux qui la structurent
peut être un piège : ils sont plus qu'un objet ou idée
devant soi mais un processus que nous nous entraînons à exercer.
« Les fonctions de la méthode transcendantale. Nous
avons invité le lecteur à découvrir à l'intérieur
de lui-même le schème original et normatif des opérations
susceptibles d'être reproduites, reliées entre elles et qui
donnent des résultats cumulatifs et progressifs. Il nous reste maintenant à nous
interroger sur l'utilité ou les fonctions de cette méthode
fondamentale. En premier lieu, vient la fonction normative. Toutes les
méthodes particulières consistent à appliquer, chacune à sa
manière, les préceptes transcendantaux : sois attentif,
sois intelligent, sois rationnel, sois responsable. Mais avant
même d'être formulés en concepts et exprimés
en paroles, ces préceptes sont dotés d'une existence et d'une
réalité antérieures dans le dynamisme spontané et
structuré de la conscience humaine. De plus, tout comme les préceptes transcendantaux sont
basés simplement sur une étude des opérations elles-mêmes,
ainsi les préceptes catégoriaux spécifiques
sont basés sur une étude de l'esprit tel qu'on le
voit à l'oeuvre dans un domaine déterminé.
Le fondement ultime des précepte transcendantaux, tout comme celui
des préceptes catégoriaux, c'est finalement l'importance
que l'on reconnaît à la différence qui existe entre
l'attention et l'inattention, l'intelligence et la stupidité, la
rationalité et l'irrationalité, la responsabilité et
l'irresponsabilité. »
[11]
Ces préceptes ou impératifs transcendantaux ne sont pas des
conseils généraux comme il peut sembler, mais le renvoi à notre
propre expérience en acte d'expérience de questionnement, d'insight,
de jugement, de décision et d'amour. Cette suite d'énoncé évoque
mais trahit en même temps l'expérience philosophique dans laquelle
nous pouvons entrer.
2.3 Apport de Lonergan
– Un point d'appui radical : la dynamique humaine du sujet exprimé en
tant que subjective et objective.
– Un diagnostic : sur la conjoncture présente.
– Les étapes du processus d'existence humaine ou niveaux de
conscience.
– Le dépassement du dilemme autonomie vs transcendance.
– Une correction de la vision trop étroite de la « raison » ,
conduisant au conceptualisme, au positivisme et au relativisme.
N'est-ce pas trop simple ? À cela Lonergan répond : l'expérience
est facile, l'insight plus difficile, le jugement encore plus difficile
et la transformation personnelle et collective, encore plus.
Après avoir évoqué le contexte récent d'une
recherche chrétienne, le défi constant de l'esprit du temps,
l'inspiration et l'ajustement et le processus suggéré par Lonergan,
nous passons du fondement (transcendantal) ou dynamique de base à un
champ d'application (catégorial) à « une étude
de l'esprit tel qu'on le voit à l'oeuvre dans un domaine déterminé. »
(page suivante)
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[1] C. Singer, Où
cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi, Albin Michel, 2001,
no 27, p. 15
[2] Timothy Radcliffe, »Je
vous appelle amis », Paris, La Croix-Cerf, 2000, p.176-180
[3] Bernard Lonergan, Pour
une méthode en théologie, (Héritage et projet no
20), Fides, 1978, p. 290
[4] E. MarinMeunier
et J.Ph. Warren, Sortir de la« Grande noirceur », 2002
[5] Danièle Hervieu-Léger, Catholicisme…,
De la réalisation de soi dans une société où s'efface la peur de manquer. La
prédication catholique de l'accomplissement dans l'impasse, Bayard, 2003,
p.132-167
[6] Bellarmin, 2003
[7] Cf « Le
sujet » (1968), dans B. Lonergan, Pour une méthodologie philosophique,
Bellarmin, 1991, p.115-137
[8] S. Moore, préface
de V. Gregson , Lonergan, Spirituality and the Meeting of Religions,
University Presse of America, 1985, p.xi
[9] Gregson, op.cit. : « Foundational
theology, understood as reflection on spiritual conversion, is itself a manifestation
of religious self-transcendence. » page 2.
[10] M. Novak, Ascent
of the Montain, Flight of the Dove, Harper, 1971
[11] B. Lonergan, Pour une méthode..., p.34.