Le phénomène de la mobilisation des agents
de pastorale
comparé à des éléments tirés
d'études en gestion portant
sur la mobilisation du personnel
Claude Ritchie, DThP
Conférence présentée à la session inaugurale
de l'Institut de Pastorale, 29 août 2009
Bonjour, je suis très honoré et reconnaissant d'avoir été invité par M.
le directeur Daniel Cadrin à prendre la parole dans le cadre de cette session
inaugurale. Merci aussi à vous d'être là. Je présente ici un chapitre qui
est extrait de ma thèse de doctorat en théologie pratique que j'ai soutenue
le 21 mai 2009 à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université
Laval de Québec. (À propos, M. Cadrin faisait partie du jury.) Globalement,
dans ma recherche, je me suis intéressé aux « agents de pastorale » dans
le contexte de l'Église catholique au Québec.
Les agents de pastorale sont du personnel laïque engagé, entre autres, dans
les diocèses et les paroisses pour ouvrer en pastorale. Cette réalité est
relativement nouvelle, car le personnel pastoral de l'Église catholique était
autrefois plutôt constitué de ministres ordonnés et de personnes consacrées
dans la vie religieuse. Les suites du concile Vatican II (1962-1965), d'une
part, et la diminution en nombre des clercs et des religieux, d'autre part,
font partie du contexte dans lequel s'inscrit l'apparition de ce nouveau
personnel ecclésial que sont les agents de pastorale. Il est à noter que
ce personnel est en majeure partie féminin.
Donc, depuis plus de trente ans, ce personnel a été recruté et formé en
vue d'ouvrer dans l'Église d'ici. Comme stagiaire ordonné à Rawdon pour le
diocèse de Joliette et comme prêtre dans différentes paroisses - et maintenant
de retour à Rawdon comme curé à partir du 31 août - je me suis intéressé
à documenter l'expérience de « mobilisation » des agents
de pastorale et à la comparer, entre autres, avec ce qui est ressorti des
études en management qui ont développé les concepts et la théorie de la « mobilisation
du personnel ». [1] J'ai
rencontré ce concept de la « mobilisation » durant des
cours en gestion que j'ai suivis à HEC Montréal. Par sa dimension humaine,
ce concept a piqué ma curiosité et m'a semblé une question intéressante à
approfondir pour le cas des agents de pastorale. Pour ce faire, dans ma recherche
doctorale portant sur la mobilisation des agents de pastorale j'ai adopté
une approche phénoménologique [2] qui,
en résumé, vise à connaître mieux un « phénomène » humain
à partir de l'expression des personnes qui le vivent et qui en ont la conscience. [3] J'ai
ainsi procédé à des interviews individuelles et non directives auprès de
quatre agents de pastorale volontaires. En appliquant une démarche phénoménologique
développée pour la recherche en sciences humaines, j'ai fait ressortir des « constituants » qui
proviennent du travail de réduction de ces témoignages des agents de pastorale.
En effet, après le traitement des données, je suis parvenu à formuler une « description
essentielle » du phénomène de la mobilisation des agents de pastorale
pour leur travail en Église qu'il serait trop long de citer ici dans son
ensemble, mais que je vais reprendre au moins en partie dans ce qui va suivre.
[4]
À partir de ces résultats, j'ai comparé le phénomène de la mobilisation
des agents de pastorale à des éléments provenant, entre autres, des recherches
ayant porté sur la mobilisation du personnel. Les points de comparaison concernent :
- la recherche du succès visible de l'organisation
- la nature des leviers de la mobilisation mis en jeu
- le type de reconnaissance et de considération soutenant la mobilisation
- l'expérience psychique d'être mobilisé
- le sentiment d'attachement présent dans l'expérience de la mobilisation
- le déploiement des trois axes de la mobilisation
1. Le phénomène de la mobilisation des agents de pastorale
transcende l'objectif d'un succès visible de l'Église
L'analyse du phénomène de la mobilisation des agents de pastorale démontre
que l'organisation dans laquelle ils s'engagent - en l'occurrence, un diocèse
de l'Église catholique au Québec - n'apparaît pas d'abord à leur conscience
comme une entreprise ou une institution qu'il faut à tout prix et par tous
les moyens faire prospérer et croître (1)
(les numéros entre parenthèses renvoient à l'annexe« description
essentielle du phénomène », qu'on peut laisser
ouverte dans une nouvelle fenêtre pour en faciliter la consultation).
Cette observation montre que pour décrire ce qui mobilise les agents de
pastorale, les notions de succès, d'expansion ou de conquête ne seraient
pas vraiment représentatives de ce qui est présent à leur conscience et dans
leur expérience. En cela, on note ici l'existence de différences importantes
par rapport aux perspectives des études s'intéressant à la mobilisation du
personnel qui, elles, se sont plutôt développées dans le contexte des recherches
reliées au monde des affaires,
[5] là où la compétition est féroce et où les gains sont souvent exprimés
en parts de marché ou en chiffres d'affaires.
Pour une entreprise, il importe de mobiliser le personnel afin d'assurer,
à terme, une meilleure productivité et une rentabilité accrue; cela sera
à l'avantage de tous ceux qui ont des intérêts dans cette entreprise. Dans
un tel contexte de mobilisation, les personnes mobilisées connaissent les
objectifs collectifs qui ont été fixés et elles ont à coeur de contribuer,
par leurs efforts concertés, à leur atteinte ou même à leur dépassement.
Comme son origine militaire l'indique, [6] le
terme « mobilisation » suggère une situation de guerre
à mener et de combat à livrer et à remporter en tant que troupes bien préparées,
entraînées, unifiées et dirigées.
Par rapport à cela, l'analyse du phénomène de la mobilisation des agents
de pastorale montre que leur expérience de mobilisation comporte ses spécificités.
Les agents de pastorale ne se sont pas exprimés comme s'ils se sentaient
engagés dans une lutte, mais ils témoignent plutôt d'emblée de leur disponibilité
face aux besoins spirituels, religieux, humains et communautaires des gens
et face aux appels de l'Église et de Dieu (1) (7). On ne perçoit pas dans
la description du phénomène de la mobilisation des agents de pastorale que
ceux-ci recherchent activement une domination du champ du religieux ou de
la spiritualité. Leurs actions sont plutôt simplement dirigées vers le service
et l'accompagnement des personnes qu'ils rencontrent à la faveur de leurs
responsabilités en Église.
En somme, dans les témoignages des agents de pastorale, l'Église apparaît
d'abord comme un mystère humain et divin, avant d'être considérée sur un
plan organisationnel. On pourrait dire aussi qu'ils voient l'Église comme
une réalité comparable à ce qui peut se vivre de plus profond et de plus
vibrant au sein d'une famille (2).
Malgré tout, les agents de pastorale témoignent bien d'une poursuite de
buts collectifs - ou, autrement dit, ecclésiaux - comme, par exemple, la
stimulation de la prière, la transmission de l'Évangile et la formation de
communautés de foi responsables. Mais ces fins ne sont pas nécessairement
comptabilisables ou repérables. Ainsi, dans les témoignages recueillis pour
ma recherche, on ne voit pas les agents de pastorale dire qu'ils souhaitent
atteindre tel nombre de personnes ou préparer au moins telle cible chiffrée
de sacrements. Leur mobilisation vise avant tout la croissance personnelle
et spirituelle, dans la foi chrétienne, des familles et des individus - petits
ou grands - qu'ils rejoignent (1).
De ce fait, la croissance des adhésions à l'Église apparaît comme étant
en elle-même un but indirect ou intermédiaire. On pourrait aussi dire que
ce qu'ils affirment donne à comprendre qu'ils ne recherchent pas tant un « grossissement » extérieur
de l'Église que plutôt sa « multiplication », ou, encore
mieux, son « inhabitation » et sa diffusion dans les
cours et dans les esprits. L'essor auquel ils disent se dévouer n'est donc
pas, de prime abord, de type entrepreneurial ou institutionnel, mais bien
plutôt de nature personnelle, expérientielle, fraternelle, et spirituelle.
Dans ce dont témoignent les agents de pastorale, on peut donc percevoir que
c'est vraiment cela qui les mobilise, c'est-à-dire qui éveille et maintient
leur goût de mettre en ouvre et en développement leurs ressources et leurs
talents.
Ainsi, les agents de pastorale ne laissent pas entendre qu'ils travailleraient
en fonction d'un quelconque accroissement de l'Église - en tant que celle-ci
serait alors considérée comme une organisation aux délimitations bien circonscrites
qu'il faut repousser. On ne voit pas non plus qu'ils sont mobilisés à s'engager
en pastorale par le désir ou le projet de mener une carrière. Ce qui les
a conduits vers la pastorale, c'est avant tout un cheminement de foi personnel
(12) ainsi que de multiples invitations (3) et expériences qui les ont peu
à peu orientés et confirmés dans cette voie (13).
2. Le phénomène de la mobilisation des agents de pastorale laisse entrevoir
d'autres leviers de mobilisation que les seuls processus organisationnels
Un des aspects théoriques importants, développés à partir des études sur
la mobilisation du personnel, porte sur les processus organisationnels qui
assurent l'instauration et le support de l'état de mobilisation des individus
et, à travers eux, de l'organisation elle-même. Ces processus touchent à
une foule de questions qui concernent le « mieux-être » et
le « mieux-devenir » des membres de l'organisation, ainsi
que leur « mieux-faire », leur « mieux-savoir »,
voire leur « mieux-collaborer » et leur « mieux-servir ».
Ces actions et ces programmes instaurant et favorisant la mobilisation sont
réputés être sous la responsabilité des cadres et des dirigeants; c'est à
eux que revient en priorité la tâche de mobiliser le personnel. Dans les
ouvrages consultés, qui traitent de la mobilisation, on fait souvent mention
des « leviers de la mobilisation »
[7] et on désigne les gestes de la direction qui vont en ce sens de « high
commitment management » ou « commitment-oriented
personnel management ». [8]
Par exemple, de tels leviers de mobilisation ont rapport à la définition,
à la clarification et à la communication des objectifs communs. Ils ont aussi
trait à la justice et à l'équité au sein de l'organisation, à la circulation
de l'information et à la transparence, à la formation du personnel, à l'enrichissement
des tâches et aux possibilités d'avancement hiérarchique ou de spécialisation,
à la rémunération, aux rétroactions positives et aux récompenses, au développement
d'une culture de cohésion, à la promotion et à l'actualisation de l'éthique
et des valeurs, à un leadership présent, accessible et inspirant, etc.
À divers degrés, et selon les circonstances, ces leviers de la mobilisation
sont importants au sein d'une organisation. À ce titre, les responsables
du personnel et les dirigeants dans l'Église doivent en tenir compte et les
mettre en ouvre en fonction de leurs moyens et de la culture propre de l'Église.
En prenant connaissance de divers documents des évêques québécois -
[9] et spécialement de leurs rapports pour les visites ad limina de
1988, 1993, 1999 et 2006 -,
[10] j'ai pu noter que ces pasteurs diocésains portent, à leur niveau,
de telles préoccupations vis-à-vis du personnel pastoral - ministres clercs
et laïques. On peut estimer que les évêques mettent ainsi déjà en marche de
tels processus organisationnels de mobilisation qui peuvent, cependant, n'avoir
l'ampleur que de leurs propres marges de manouvre à l'intérieur de l'Église
catholique. Ainsi, depuis près de trois décennies, les évêques reconnaissent
la place des agents de pastorale au sein du personnel pastoral de l'Église.
Par exemple, ils leur confient de plus en plus souvent des responsabilités
d'envergure; ils les considèrent non seulement comme des exécutants ou des
acteurs de la mission de l'Église, mais aussi comme des partenaires et des
conseillers; ils essaient de leur assurer une formation de base et une formation
continue qui correspondent aux ressources et aux défis actuels.
Dans la ligne de cette évolution, j'ai considéré le travail qui s'accomplit
actuellement au sein du service des ressources humaines de mon propre diocèse,
celui de Joliette. Pendant plusieurs mois, ce service a préparé un document
intitulé « Politique administrative régissant les conditions de
travail du personnel laïque en pastorale du diocèse de Joliette ».
Cet instrument vise à assurer la normalisation, une certaine uniformité et
une équité de traitement pour les agents de pastorale à travers le diocèse.
Il reconnaît différentes catégories d'emplois - qui correspondent à divers
niveaux de responsabilités et de compétences - au sein même du personnel
pastoral laïque; il établit les liens entre le mandat pastoral et le contrat
de travail; il précise des questions qui sont relatives à la formation ou
aux avantages sociaux.
[11]
Ces efforts fournis du côté des évêques et des administrations diocésaines,
pour développer ce que la théorie de la mobilisation reconnaît comme des
leviers de mobilisation, constituent une tâche nécessaire et qui ne peut
être négligée.
Toutefois, à première vue, le regard porté sur la description que font les
agents de pastorale de leur mobilisation n'amène pas pour autant à conclure
que les processus organisationnels énoncés plus haut jouent un rôle générateur
et prépondérant dans l'apparition et la continuité du phénomène de leur mobilisation.
Il semble, à les entendre ou à les lire, que le levier le plus déterminant
dans leur expérience de mobilisation est la confiance qui leur est faite,
et qu'ils perçoivent d'abord intérieurement comme venant de la part de Dieu
lui-même (4) (14), puis du côté de ceux qui leur remettent des responsabilités
dans la mission de l'Église (3) (10), et aussi de la part des personnes qui
s'ouvrent à eux et qui ont recours à leurs connaissances et à leur foi (1).
Reconnaître cela n'enlève rien quant au besoin qu'il y a aussi dans l'Église
d'établir correctement des processus organisationnels appelés « leviers
de mobilisation ». Cependant, ces processus administratifs ne figurent
pas, en l'occurrence, parmi les constituants de l'expérience de mobilisation
des agents de pastorale. On peut saisir ici que ces processus encadrent ou
même soutiennent leur engagement en pastorale, mais ils ne représentent pas,
à leur conscience, ce qui « soulève » et suscite leur
mobilisation.
Le phénomène de la mobilisation pour la mission des agents de pastorale
apparaît davantage trouver sa source dans leur spiritualité (5) et dans la
chaleur humaine dont ils font l'expérience au cours de leur ministère en
Église (1). Il est vrai que les agents de pastorale sont rémunérés pour leur
travail, mais il apparaît clairement dans leurs témoignages que leur mobilisation
ne tient pas d'abord à des questions monétaires.
Encore là, il s'agit d'une réalité incontournable : il est nécessaire
de salarier une personne qui fait d'une activité son gagne-pain. Néanmoins,
cette considération n'apparaît pas en première ligne parmi les déclencheurs
de la mobilisation des agents de pastorale. Si cela était le cas, ils réclameraient
des émoluments plus substantiels et ajustés à leur degré de formation; ou
ils s'en iraient tout simplement chercher un autre type d'emploi plus profitable
et rémunérateur. En fait, sous cet angle, les constituants du phénomène de
la mobilisation des agents de pastorale pourraient être approchés éventuellement
des constituants du phénomène de la mobilisation qui peut être vécue par
des personnes bénévoles ou par des volontaires qui se dévouent à une cause
(15) (16).
Par ailleurs, un des leviers importants de la mobilisation est la considération
que les personnes mobilisées disent ressentir de la part de l'organisation
et de ceux et celles qu'elles desservent. On peut donc aller voir maintenant
en quoi, dans la description de la mobilisation des agents de pastorale,
la considération et l'égard reçus font partie des constituants dudit phénomène.
3. Le phénomène de la mobilisation des agents de pastorale comme expérience
particulière d'être reconnu et considéré
Dans un contexte d'affaires, les recherches sur la mobilisation du personnel
ont fait ressortir l'importance qu'il y a pour les entreprises de démontrer
de la considération envers leurs employés dont la mobilisation ne peut que
contribuer à la croissance et au succès de l'ensemble.
[12] Toutefois, ces marques d'estime, de reconnaissance et de personnalisation
des interrelations professionnelles visent d'abord à humaniser le contexte
d'exercice de l'emploi. De nos jours, les entreprises qui veulent performer
et se démarquer savent qu'elles doivent renforcer chez leurs employés le
sentiment qu'ils font partie intégrante de l'organisation et qu'ils représentent
davantage que des pions anonymes sur l'échiquier ou des objets mobiles et
interchangeables, voire des « moyens de production » qui
ne doivent s'attendre à aucune attention ou prévenance particulières.
Les entreprises sont ainsi enjointes, si elles veulent vraiment mobiliser
leur personnel, à fournir des efforts allant dans le sens de la singularisation
des relations avec les employés. Cela pose sûrement des défis formidables
au fur et à mesure qu'une organisation se développe et qu'elle prend de l'expansion.
Probablement, il devient alors plus ardu de créer et de maintenir un climat
de réelle attention envers les employés qui puisse faire contrepoids à des
mesures telles que la mise en fichier de l'identité et l'attribution d'un
numéro de dossier.
Dans les grandes entreprises, les professionnels des ressources humaines
élaborent des programmes qui favorisent les marques de considération et de
reconnaissance. Dans les structures de petite taille, le respect et la gratitude
peuvent être une simple affaire de courtoisie et d'affabilité de la part
de la direction envers les individus.
À propos de ce facteur de mobilisation qui est lié à la perception de se
sentir considéré, estimé et reconnu, lorsque l'on se penche sur le phénomène
de la mobilisation, tel qu'il apparaît dans les témoignages colligés pour
la recherche dont la présente conférence rend compte, les agents de pastorale
semblent vivre quelque chose qui leur est encore une fois particulier. Il
ressort en effet de leurs témoignages que la considération ne leur provient
pas d'abord de l'extérieur d'eux-mêmes ou de l'institution en tant que telle.
D'ailleurs, certains pourraient parfois avoir l'occasion de taxer cette dernière
de faire montre, à ce sujet, de lenteurs et d'atermoiements; ils en avanceraient
pour preuve que les agents de pastorale ont encore un statut plus ou moins
défini dans la pratique et la théologie de l'Église; ils diraient que la
situation des laïques qui ouvrent en pastorale est difficilement repérable
dans les catégories ministérielles et ecclésiologiques traditionnelles; ils
noteraient aussi que l'institution semble tarder à reconnaître la valeur
et l'importance de leur contribution, etc.
Pourtant, il est constatable, dans les témoignages des agents de pastorale,
que le phénomène de leur mobilisation pour leur mission en Église n'est pas
dénué de cette dimension de la considération. Ils expriment que la source
de celle-ci se situe dans leur relation avec Dieu et dans l'appel personnel
qu'ils entendent dans leur coeur et dans leur histoire de vie et d'engagement
(4) (14). Les agents de pastorale affirment ainsi qu'ils se savent connus
et aimés de Dieu et que c'est lui qui, par le truchement de l'Église (9),
les appelle et qui les envoie vers leurs frères et sours dans la foi. Dans
leur cas, la considération - dont ils disent bénéficier et qui contribue
à les mobiliser - se présente comme une expérience de spiritualité et de
confluence avec le divin.
Ainsi, la considération - dont témoignent les agents de pastorale - n'est
pas d'abord une conséquence heureuse de leurs engagements, de leurs efforts
et de leurs performances. Cette considération est première et antérieure
aux réalisations ou aux réussites (19). Elle apparaît comme l'expérience
intime de la bienveillance et de la présence de Dieu dans les étapes de vie
et de cheminement de ces personnes qui sont devenues agents de pastorale
(12). Cette considération, qui, pour eux, vient de Dieu, fonde alors l'engagement
des agents de pastorale : c'est parce qu'ils sont appelés par leur nom,
de la part de Dieu, que les agents de pastorale s'insèrent, disent-ils, dans
le travail pastoral que l'Église leur confie.
4. Le phénomène de la mobilisation des agents de pastorale comme étant
un « état d'Esprit »
En recourant à la littérature, on peut voir que la mobilisation peut être
comprise, d'un côté, en tant que « processus organisationnels »
[13] (cause) ou bien, d'un autre côté, en tant qu'« état psychique »
[14] (effet). Dans l'aspect de l'état psychique, il s'agit de l'employé
qui rassemble toutes ses énergies en vue d'aider son organisation à accomplir
son ouvre collective, laquelle consiste, entre autres choses, à faire face
à la concurrence ou à réaliser pleinement sa mission première. Cet « état
psychique » concerne aussi la conception de soi (l'auto-perception,
les valeurs, les attitudes, les convictions, etc.), les motivations (les besoins,
les désirs) et l'affectivité (l'attachement, les relations interpersonnelles).
Il s'agit donc de la présentation de la mobilisation, non plus tellement
en tant que processus organisationnels ou en tant que mise en ouvre des « leviers
de mobilisation », mais plutôt en tant qu'elle est ici comprise
sous l'angle de l'« état de mobilisation », c'est-à-dire
l'état dans lequel se trouve la personne mobilisée.
Cet autre volet de la nature de la mobilisation est bien reflété dans la
description du phénomène de leur mobilisation que livrent les agents de pastorales
au travers de leurs témoignages. On peut, en effet, observer que leur mobilisation
constitue une expérience psychologique et affective soutenue et qu'elle fait
appel constamment à leurs attitudes et à leurs compétences sur le plan relationnel
et même sur le plan émotionnel. Par ailleurs, la mobilisation se comprend
comme un état psychique qui touche à la « perception de soi ».
Il semble que les agents de pastorale qui ont témoigné se rendent ainsi jusqu'à
parler de leur identité profonde lorsqu'ils s'expriment à propos de leur
engagement (18). Il apparaît qu'il ne s'agit pas seulement pour eux d'un
travail qui s'accomplit à l'intérieur d'un cadre déterminé, car, même en
dehors des heures de travail proprement dites, ils disent se percevoir eux-mêmes,
ainsi que leurs relations sociales et familiales, comme définis par leur
engagement pastoral (2) (17).
Toutefois, les témoignages des agents de pastorale, qui ont servi à l'étude
du phénomène de leur mobilisation, abordent une dimension qui ne fait pas
partie en tant que telle de ce qu'offre la théorie managériale de la mobilisation.
Il s'agit à proprement parler de la question de la foi et du rôle de la relation
personnelle avec Dieu qu'on voit nommément être évoquée à l'intérieur des
témoignages des agents de pastorale (4).
Ainsi, dans ce qu'ils disent, les agents de pastorale ne partagent pas seulement
une riche expérience psychologique lorsqu'ils parlent de leur mobilisation
pour leur mission en Église. Ils ouvrent aussi leur expression, au sujet
de ce qu'ils vivent, sur la dimension de leur vie spirituelle. En fait, il
ressort de leurs témoignages que cela constitue le pivot même de leur mobilisation.
Il s'agit donc, bien sûr, d'un « état psychique », mais
celui-ci atteint, en même temps et consciemment, pourrait-on ajouter, jusqu'à
un « état spirituel ».
Ce qui constitue la particularité de l'expérience de mobilisation des agents
de pastorale réside donc dans cette implication de leurs relations avec le
Seigneur dans leur engagement professionnel. Ils perçoivent ainsi leur mobilisation
comme provenant d'un autre niveau, c'est-à-dire celui de leur vie intérieure.
Il ne s'agit plus seulement d'une expérience psychologique positive, mais
de la conscience d'une invitation personnelle à suivre le Christ et à le
faire rencontrer par les personnes qui amorcent une démarche religieuse.
Les agents de pastorale rendent compte que le phénomène de leur mobilisation
touche, à leurs yeux, à quelque chose qui se situe au-delà de leur psyché
individuelle; pourtant, cette expérience leur permet également de discerner
que l'intervention de Dieu se trouve à l'avant-plan dans l'histoire de leur
propre vie.
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[1] Thierry Wils
et collaborateurs, « Qu'est-ce que la »mobilisation » des
employés : Le point de vue des professionnels des ressources humaines, » La
mobilisation des personnes au travail : quoi, pourquoi, comment,
sous la direction de Michel Tremblay (Montréal : Revue Gestion, 2006),
15.
[2] Amedeo Giorgi, « The
Phenomenological Movement and Research in Human Sciences, » Nursing
Science Quarterly 18, no 1 (2005), 75-82.
[3] Michael V. Angrosino, « L'Arche :
The Phenomenology of Christian Counterculturalism, »
Qualitative Inquiry 9, no 6 (2003), 935.
[4] Cette « description
essentielle du phénomène » a été mise en annexe au présent document.
(pour faciliter la lecture de l'article, on peut ouvrir cette annexe dans une nouvelle
fenêtre)
[5] Michel Tremblay
et collaborateurs, « Agir sur les leviers organisationnels pour
mobiliser le personnel : le rôle de la vision, du leadership, des pratiques
de GRH et de l'organisation du travail, » Gestion 30,
no 2 (2005), 69-71.
[6] Michel Tremblay,
directeur, « La mobilisation des troupes : quoi, pourquoi,
comment, »
La mobilisation des personnes au travail : quoi, pourquoi, comment (Montréal :
Revue Gestion, 2006), 1.
[7] Michel Tremblay, La
mobilisation des personnes : quand la confiance, le coeur et l'action
sont réunis (Montréal : École des hautes études commerciales, 2001),
16-29.
[8] Wils, « Qu'est-ce
que la »mobilisation » des employés, » 12.
[9] Le Comité des
ministères de l'Assemblée des évêques du Québec, Communautés et ministères
au Québec : situation, questions, défis (Fides, 1993).
Le Comité
des ministères de l'Assemblée des évêques du Québec, Les nouvelles pratiques
ministérielles : document de réflexion (Fides, 1993).
Le Comité
épiscopal des ministères de l'Assemblée des évêques du Québec, Au service
de la mission : des ministères variés et solidaires (Fides, 1999).
L'Assemblée des évêques du Québec, L'Esprit renouvelle les ministères
- Message pastoral de l'Assemblée des évêques catholique du Québec -
1er novembre
1993 (http://www.eveques.qc.ca/documents/ 1993/19931101f.html).
L'Assemblée
des évêques du Québec, Le mandat pastoral décerné aux agentes et agents
de pastorale laïques (Montréal : AÉQ,
2004).
[10] L'Assemblée
des évêques du Québec, La concertation des Églises diocésaines :
évaluation et défis - Visite ad limina 1988 (Fides : 1988).
L'Assemblée des évêques
du Québec, L'Église du Québec, 1988-1993; à l'occasion de la visite ad
limina 1993, les évêques du Québec font le bilan de la situation (Fides,
1993).
L'Assemblée des évêques du Québec, Une Église d'espérance en temps
de changement - Rapport de l'Assemblée des évêques du Québec à l'occasion
de leur visite ad limina (avril 1999) (document non publié : daté
de janvier 1999).
L'Assemblée des évêques catholiques du Québec, Bâtir
l'Église de Dieu qui est au Québec - La visite ad limina des évêques
du Québec (Fides, 2007).
[11] Service
des ressources humaines du diocèse de Joliette, Politique administrative
régissant les conditions de travail du personnel laïque en pastorale du diocèse
de Joliette : en vigueur du 1er janvier
2009 au 31 décembre 2012 (Joliette : Diocèse catholique de
Joliette, 30 décembre 2008).
[12] Estelle
M. Morin, Psychologies au travail (Montréal : Gaétan Morin éditeur,
1996), 178.
[13] Michel Tremblay
et Thierry Wils, « La mobilisation des ressources humaines :
une stratégie de rassemblement des énergies de chacun pour le bien de tous, »
Gestion 30, no 2 (2005), 37.
[14] Wils, « Qu'est-ce
que la »mobilisation » des employés, » 19.
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