![]() |
bibliothèque virtuelle quoi de neuf à l'IP ? plan du site |
|
| Sylvie
Latreille |
||
Qui sont les bénévoles ? Quelles sont leurs motivations ? Dans quels secteurs d'activités interviennent-ils ? Qu'en est-il de leur recrutement ? Comment se pose la question du sens du bénévolat en catéchèse dans un contexte d'implantation ? Autant de pistes pour rendre compte d'une nouvelle réalité. Car l'implantation du bénévolat en catéchèse dans l'Église du Québec peut susciter l'intérêt en dehors de ses frontières. Le tournant en éducation religieuse des enfants et des jeunes, amorcé en 1997, a changé la perspective de la question. L'adoption de la loi 118 [1] en juin 2000 a modifié le paysage de la mise en oeuvre de la transmission de la foi en dehors de l'école. Depuis, un vaste mouvement s'organise dans nos Églises locales autour de projets catéchétiques rassembleurs et mobilisateurs pour répondre aux nouveaux défis d'évangélisation. L'implantation d'une force bénévole en catéchèse est nécessaire, voire indispensable à la réussite de projets d'envergure. Par ailleurs, plusieurs défis émergent au fur et à mesure qu'une telle entreprise prend forme. Pour observer un de ces chantiers, je vous propose un portrait de terrain : celui de l'Église de Saint-Jean-Longueuil. Je cible plus particulièrement les bénévoles impliqués dans le projet catéchétique diocésain auprès des enfants âgés de sept à dix ans. Des collaborations avec le milieu sur la question justifient ce choix. Mais d'abord, qu'en est-il du vocabulaire ? “Bénévole”, vous dites ? Du latin benevolus, le mot bénévole signifie bienveillant. Le Petit Robert définit les termes par la formulation “qui fait quelque chose de bonne grâce”.Composé de bene (bien) et de volo (je veux), le mot bénévole pointe la direction de l'action : “se fait sans obligation et gratuitement”. L'idée évoque un faire d'une manière volontaire et gracieuse. L'expression anglaise voluntary accentue cette dimension du libre-choix. Pour sa part, L'Enquête nationale sur le don, le bénévolat et la participation (L'ENDBP) menée par Statistique Canada [2] propose la définition suivante : “Personne de 15 ans et plus qui fait du travail bénévole, c'est-à-dire, qui rend volontairement un service sans rémunération, par l'intermédiaire d'une organisation de bienfaisance ou d'un groupe sans but lucratif”. Dans cette enquête, l'expression action bénévole est utilisée et réfère à “l'engagement d'une personne auprès d'un organisme. Cette définition ne tient pas compte du nombre d'activités”. Quant au mot, bénévolat, retenons qu'il est formé de bene (bien) et de volere (vouloir). Est-ce que l'utilisation des expressions faire du bénévolat et être bénévole évoque des expériences différentes en regard du service rendu ? Quelle serait alors la principale nuance les distinguant l'une de l'autre ? Tout en reconnaissant leur bienveillance réciproque, l'expérience de l'une valorise des habilités, de sorte que je fais du bénévolat, et celle de l'autre, des attitudes, de sorte que je suis bénévole. Expressions animées par leur propre dynamique d'intervention. Une question de vocabulaire Dans le cadre du projet catéchétique diocésain à Saint-Jean-Longueuil, des personnes bénévoles identifiées à titre d'animatrices d'équipes de catéchèse interviennent auprès des enfants et des jeunes pour l'animation de la catéchèse. Cette appellation rend compte d'un fait ecclésial particulier à cette Église locale. En effet, sont reconnues comme catéchètes les personnes mandatées à la fonction de responsables locaux de catéchèse [3] par l'évêque du lieu. Pour assumer cette responsabilité de coordination, d'animation et d'administration, les responsables locaux de catéchèse sont rémunérés selon l'échelle salariale diocésaine. En conséquence, dans un tel contexte, utiliser l'expression catéchète bénévole représente un hiatus et son usage risque de provoquer des malentendus. Le fait de situer les responsables locaux de la catéchèse par rapport aux bénévoles contribue à mieux comprendre le vocabulaire et à nuancer la spécificité des statuts. Soulignons, à ce moment-ci, une caractéristique qui distingue l'Église du Québec. Il s'agit du nombre important de personnes laïques engagées, mandatées, reconnues officiellement et rémunérées, à qui a été confié l'exercice d'un ministère [4] . Ce fait n'est pas sans impact sur le bénévolat. En effet, l'implantation d'une force bénévole met en scène des laïques aux statuts distinctifs, situation propice à l'émergence de tensions d'ordre institutionnel, organisationnel ou personnel. Les responsables locaux de catéchèse font partie d'équipes pastorales élargies comme agent et agente laïque de pastorale. Or, il sera pertinent de montrer comment le bénévolat a souvent été une porte d'entrée pour beaucoup de ces personnes mandatées, engagées au service de l'Église. Nous y reviendrons. La question du vocabulaire reflète un aspect du sujet. Le contour d'un “portrait” des bénévoles aide à mieux définir leurs profils et leurs aspirations. Qui sont les bénévoles ? En septembre 2003, un répertoire de 373 bénévoles en catéchèse couvre l'ensemble du diocèse [5] . Ces personnes entrent en action, directement ou indirectement, auprès de plus de 2 576 enfants. On observe une majorité de femmes : 87 % comparativement à 13 % pour les hommes. D'une certaine manière, ce fait étonne par rapport aux résultats de l'ENDBP [6] . Les 30-40 ans sont fortement représentés. Leur collaboration franchit le cap des 57 %. La représentativité des 40-50 ans se situe autour de 25 %. La moyenne est en baisse avec les deux autres groupes : 10 % concernant le groupe des 50-60 ans et 5 % pour les 60 ans et plus [7] . Dans le sondage, deux questions portent sur le niveau d'éducation et le revenu familial des personnes bénévoles. L'accès à ces informations semble limité et les réponses sont moins nombreuses et approximatives. Toutefois, un lien étroit est observable entre les résultats de ces données et les différentes régions du diocèse. Pour un portrait d'ensemble, retenons que 55 % des répondants indiquent un diplôme d'études secondaires et postsecondaires. Plus de 50 % bénéficie d'un revenu familial variant entre 25 000 et 40 000 dollars canadiens [8] . Les résultats de deux autres questions, à savoir, le statut matrimonial et la profession ou le métier sont inopérants. Par contre, un volet sur les motivations et le recrutement permet de compléter certains éléments de ce portrait. Quelles sont les motivations des bénévoles ? D'abord, relevons les facteurs retenus par l'ENDBP. Par ordre de priorité : l'adhésion à la cause, la mise à profit des compétences et de l'expérience, le fait d'être personnellement concerné par la cause, la découverte de ses propres forces, l'influence des amis bénévoles, l'obligation ou les croyances religieuses, l'amélioration des compétences professionnelles. Trop souvent, dans le monde pastoral, nous oublions ces facteurs qui pourtant peuvent motiver jusqu'à 95 % des personnes bénévoles. Tel est le pourcentage accordé à la motivation en tête de liste. De plus, ajoutons deux composantes à considérer : la religion est un facteur important et de 14 à 16 % des bénévoles canadiens sont engagés dans un organisme religieux. Ces considérations sont révélatrices des grandes tendances nationales. S'y référer est éclairant pour comprendre le déclenchement du processus de l'action bénévole. Pour leur part, les responsables locaux de catéchèse identifient comme première motivation, le fait que des bénévoles soient personnellement concernés par la cause. De jeunes parents directement touchés par les changements opérés dans l'enseignement de la catéchèse de leurs enfants se mobilisent concrètement pour donner de leur temps et ce, bénévolement. Par ordre d'importance, un deuxième facteur est aussi à considérer : accepter d'être bénévole au nom de sa foi. Le désir de s'engager dans la communauté suit de loin dans l'ordre des priorités. Et, comparativement aux résultats de l'ENDBP, ni la mise à profit des compétences et de l'expérience ni l'amélioration des compétences professionnelles ne captent l'attention des personnes interrogées. La dimension objective du sondage et la compilation des résultats ne peuvent rendre compte des histoires personnelles marquées par l'interpellation à se joindre à des groupes de bénévoles. Par ailleurs, la lecture de témoignages permet de retracer des sources profondes motivant des adultes et des jeunes parents à investir temps et talents au service de la mission catéchétique. L'extrait d'une lettre d'un parent bénévole donne un avant-goût d'un ensemble de motivations qui “échappe” à tout bon sondage : Je ne me suis pas dit un matin : “aujourd'hui, je vais m'impliquer !” Je me suis plutôt présentée l'automne dernier à une réunion pour inscrire mes deux plus vieux (...). Un tout petit pas qui allait marquer le début d'une réflexion pour moi. De fil en aiguille, j'ai été approchée (...) Je porte en moi une source d'amour que je sens depuis que je suis toute petite et je suis reconnaissante d'avoir eu dans ma vie, des gens qui m'ont mis en contact avec cette source. Je crois que les enfants portent tous en eux un potentiel d'intériorité. (...) Je désire seulement, avec les enfants que je côtoierai, être une occasion pour eux de sentir, même si ce n'est qu'en tous petits “flashs”, cette présence à l'intérieur d'eux, qu'elle s'inscrive en eux et qu'elle se manifeste dans leur vie pour qu'ils ne se sentent jamais seuls. Être une occasion pour eux de s'arrêter, de respirer et de sentir ce courant de vie qui les mène à être en relation avec eux-mêmes, car c'est là que s'établit réellement une véritable relation à Dieu. M'impliquer dans le nouveau projet catéchétique, c'est une façon pour moi de prier pour les enfants. [9] Le fait de relever des facteurs particuliers de motivations pour le bénévolat en catéchèse apporte une nuance aux grandes tendances nationales. La dimension de la foi, dans sa quête d'expression, représente une motivation insoupçonnée pour l'action bénévole. Poursuivons en repérant cette fois-ci des secteurs d'activités tels qu'envisagés par le Projet de Saint-Jean-Longueuil. Dans quels secteurs d'activités les bénévoles s'impliquent-ils ? Plusieurs secteurs nécessitent l'engagement de bénévoles et les compétences recherchées varient selon les tâches [10] et les responsabilités attribuées.
Ce premier secteur, d'importance capitale, requiert un nombre imposant de bénévoles à titre d'animatrices ou d'animateurs d'équipes de catéchèse. Leur implication vise directement les enfants et les jeunes. En plus du nombre exigé, ce secteur demande aux bénévoles de se positionner personnellement par rapport aux différents groupes d'âges d'enfants et de jeunes avec lesquels ils sont à l'aise. En effet, les types d'intervention demandés s'ajustent aux prérogatives des parcours offerts pour telle ou telle clientèle. Leur rôle les appelle à participer à la mise en oeuvre des parcours, à préparer des démarches et à collaborer avec différentes instances. Leur formation est une prérogative pour l'intelligence de leur action. On pourrait classifier leur intervention dans le volet éducation du projet.
Ces bénévoles sont les agents de dialogue pastoral. Responsables d'établir la communication avec les parents demandeurs, ils les rencontrent afin de pouvoir transmettre l'information aux personnes concernées. On pourrait classifier leur intervention dans le volet relations publiques du projet.
Ce comité représente une instance de consultation et de soutien. Les bénévoles recherchés sont des personnes qui ont de l'influence dans le milieu et qui sont capables d'appuyer, de soutenir et d'ouvrir des portes pour l'incorporation du projet dans le milieu. Ces bénévoles deviennent des alliés pour les responsables locaux de la catéchèse en vue d'élargir le projet à la grandeur de la collectivité. L'étendue de leur soutien va des activités de financement à la recherche des locaux, en passant par le rayonnement de leur implication. On pourrait classifier leur intervention dans le volet ambassadeur du projet.
Ce lieu d'engagement innove par rapport aux autres secteurs. Initiateurs de programmes d'activités en lien avec la catéchèse, ces parents bénévoles agissent en interface avec la communauté sociale. Préoccupés par l'expérience communautaire, ils orientent leur action sur la communication, la concertation, la coopération et l'entraide, le soutien financier ainsi que sur le ressourcement de parents dont les enfants et les jeunes sont inscrits en catéchèse. On pourrait classifier leur intervention dans le volet relais communautaire du projet.
Les activités ne se dénombrent plus pour assurer le bon fonctionnement du domaine technique. Pensons au gardiennage, au transport, à l'accompagnement des enfants. Que dire des tâches de secrétariat : téléphones, télécopies, courriels, bureautique, informatique, etc. Pouvons-nous oublier l'entretien des lieux, la maintenance, la préparation des locaux, les réparations des bris ... juste avant les réunions ? À ces tâches d'ordre très pratique pour la gestion concrète du projet, ajoutons la dimension plus artistique, à savoir le bricolage, la décoration, la préparation et la confection des matériaux pour les catéchèses. Ce sont autant d'activités pour des bénévoles dont l'ingéniosité de leurs talents se manifeste dans la réalisation matérielle des choses. On pourrait classifier leur intervention dans le volet soutien technique du projet. La force bénévole revitalise le projet catéchétique dans sa propre réalisation à même une constellation d'activités connexes. Sa viabilité en dépend. Comment pourrait-il advenir à sa finalité sans ce dynamisme ? Par ailleurs, un défi de taille est toujours à relever : le recrutement des bénévoles. C'est un point névralgique de ce vaste mouvement d'implantation, non seulement en raison du nombre requis, mais bien parce que les “bénévoles sont une denrée rare”. [11] Qu'en est-il du recrutement des bénévoles ? D'entrée de jeu, il faut éviter un piège tendu par l'aspect “utilitaire” du bénévolat. Bien sûr que le contexte de changement en vue de la mission catéchétique accentue les besoins de manière insistante, voire urgente. D'autant plus, comme le souligne Gilles Routhier, que “seize ans après les orientations données par l'Assemblée des évêques du Québec (AÉQ) en matière d'initiation sacramentelle, les Églises catholiques du Québec se retrouvent sans expertise ni dispositif catéchétique complet et cohérent, et apparemment démunies lorsqu'il s'agit de penser l'initiation chrétienne. Par ailleurs, même privées de moyens, des personnes ont innové, laissant entrevoir de nouvelles voies pour initier des gens de tous âges à la foi”. [12] La perspective de tels possibles présuppose un dépassement d'un usage ponctuel ou fonctionnel de la chose. Posons-nous alors la question suivante : pourquoi l'Institution ecclésiale a-t-elle besoin de bénévoles en catéchèse ? Des responsables locaux de catéchèse ont repéré quelques éléments de réponse. En voici quelques-uns dans leurs versions “libres” :
Par ailleurs, il serait naïf d'ignorer et d'évacuer la dimension financière de cette force bénévole. [15] Quels sont les points de rencontre entre les motivations des bénévoles et celles de l'Institution ecclésiale ? Est-ce qu'un exercice de repérage permettrait de cibler un espace commun pour stimuler le recrutement ? J'indique cette piste d'action pour décloisonner l'idée du recrutement repliée sur elle-même et pour échapper au seul fait organisationnel et technico-pratique du bénévolat. Cette mise en garde n'enlève en rien la nécessité de trouver des moyens concrets d'intervention. J'en propose quelques-uns à la lumière des résultats de l'ENDBP et de ceux du sondage. Plusieurs s'orientent dans la même direction.
En général, l'efficacité de cette approche se confirme auprès de plus de 30 % des personnes engagées dans le bénévolat. Premier moyen mis en valeur avec succès par de nombreux organismes. Il s'agit d'inviter telle personne pour telle responsabilité après avoir perçu des talents en lien avec les exigences demandées. L'expérience des responsables locaux de catéchèse confirme ce résultat. Or, un bon inventaire des besoins de bénévolat pour les différents secteurs d'activités facilite la fabrication de listes de personnes à inviter et à interpeller.
Ce deuxième moyen est utilisé de manière ponctuelle en catéchèse et cible des objectifs précis : informer, échanger, dépister, interpeller, recruter. Beaucoup de personnes se montrent intéressées par ce type d'intervention où l'anonymat “protège” des sollicitations personnelles trop insistantes. La dimension et la dynamique du groupe permettent de diffuser une information complète sur l'ensemble du Projet, le faisant connaître dans la complexité de son articulation. De plus, des échos peuvent résonner chez d'autres personnes, situées en périphérie de la catéchèse.
Selon l'ENDBP, ce moyen rejoint 16 % des bénévoles recrutés. Dans le cadre du projet catéchétique, à la suite d'un appel général fait aux réunions, des parents vont offrir leurs services parce que leur enfant est un facteur incitatif dans leur prise de décision. Eux-mêmes sont prêts à contacter les responsables pour autant qu'ils aient eu l'information et le temps d'y réfléchir.
Sans minimiser l'importance ou nuire à d'autres secteurs dans le milieu, il s'agit de comprendre que des personnes bénévoles désirent changer de trajectoire tout en continuant à oeuvrer dans l'Institution ecclésiale. Selon l'ENDBP, 15 % de nouveaux bénévoles adhérent déjà à l'organisme de différentes manières. Il s'agit d'un déplacement à l'interne. À ces trois facteurs de l'enquête, ajoutons d'autres pistes citées dans une enquête d'envergure moindre, mais tout aussi crédible. [16]
Les chiffres de cette enquête sont similaires à ceux de l'ENDBP concernant les trois premiers moyens facilitant le recrutement. Par contre, il est intéressant de noter la nuance du constat suivant : chaque bénévole satisfait représente un recruteur potentiel. Le partage de son expérience et l'enrichissement procuré constituent des éléments de poids pour attirer d'autres personnes de son entourage à s'impliquer dans telle ou telle cause. C'est ainsi que la “satisfaction” devient une motivation stimulante pour nombre de personnes.
Le fait de “prendre soin” des bénévoles contribue à une meilleure efficacité et fidélise leur action. Par exemple, des rencontres de “reconnaissance” favorisent l'appartenance. Et le contraire s'applique. En effet, tout comme la mauvaise gestion des bénévoles représente un obstacle majeur, l'expérience d'être un “bouche-trou” s'avère “in-signifiante” peu importe les besoins à combler.
Une bonne connaissance des avantages et des obstacles évite d'effectuer des demandes inutiles et élimine des irritants au niveau de la sollicitation. Parmi les avantages du bénévolat, soulignons certains aspects : les relations interpersonnelles, l'acquisition de nouveaux apprentissages, le développement de compétences en animation, en gestion et en organisation, la proposition d'un cheminement de foi avec les enfants. Parmi les obstacles, relevons : le manque de temps, la gestion déficiente, les situations conflictuelles, les problèmes financiers personnels, les problèmes de santé, le sentiment d'incompétence, le manque de soutien, les carences en formation. Le recrutement exige une stratégie d'intervention afin de maximiser les efforts consacrés à cette tâche, parfois ingrate. Il représente un défi de taille non seulement pour les responsables locaux de catéchèse, mais pour l'ensemble de la communauté. Des moyens non encore explorés sont toujours à découvrir. Nombreux sont les organismes confrontés à sortir des sentiers battus puisque souvent il en va de la survie de leur cause. Dans le sondage, une nouvelle génération de bénévoles apparaît clairement. Ces 57 % de bénévoles, âgés de 30 à 40 ans, représentent un atout pour la vitalité du Projet catéchétique diocésain à cause des traits et des caractéristiques de leur génération. Ils peuvent contribuer à implanter une action bénévole distincte de celle des générations précédentes. En guise de conclusion : Comment se pose la question du sens du bénévolat en catéchèse dans un contexte d'implantation ? À la suite à la présentation de ce “portrait de terrain”, je cible trois pistes à explorer pour poursuivre la réflexion sur les bénévoles en catéchèse dans l'Église du Québec. À ce moment-ci, la question se pose en termes de conditions favorables au mouvement d'implantation, de défis d'ordre pratique et de définition du statut des bénévoles.
L'expérience de l'Église de Saint-Jean-Longueuil met en oeuvre un modèle d'action ajusté aux grandes orientations de son Projet catéchétique. D'autres expériences dans les Églises du Québec empruntent des voies de réalisation différentes, arrimées à leur propre Projet diocésain. Dans une Église comme dans l'autre, des conditions favorisent l'implantation du bénévolat en catéchèse. Revenons au “portrait de terrain” observé. Lors d'un entretien, Rémi Bourdon souligne comme condition première le fait que le diocèse se soit donné un projet précis facilitant ainsi la mise en oeuvre de la mission catéchétique. Selon lui, cela opère un passage à l'action découlant des grandes orientations du Projet catéchétique. “Il a fallu passer à l'action, tels des entrepreneurs, et ce à l'aide d'un plan d'action et d'un échéancier.” Dans ce contexte, le temps représente une deuxième condition. Monsieur Bourdon précise en effet que “ce projet est dans sa première année d'implantation pour toutes les paroisses du diocèse, après deux ans de préparation pour tous et d'expérimentation volontaire dans quelques milieux.” Pour ma part, à la suite à cette recherche, j'identifie une troisième condition, celle des ressources. Par exemple, prendre en considération l'importance d'un leadership inspirateur et innovateur, la création d'un Comité d'implantation pour la coordination d'une telle entreprise, des moyens financiers adaptés aux exigences du Projet.
Dans le sondage, 74 % des responsables locaux de catéchèse identifient le recrutement comme principal défi à relever. Plus de 50 % retiennent comme deuxième défi, la formation à offrir aux bénévoles [17] et l'exercice de leur leadership auprès d'eux. Un troisième défi touche le ressourcement des bénévoles. [18]
Déjà dans les années 80, avec le transfert de l'initiation sacramentelle des enfants dans les paroisses, de nombreux parents se sont engagés comme bénévoles dans cette action. Deux voies se sont ouvertes sous l'impulsion de ce bénévolat. D'une part, on retrouve un type de bénévolat caractérisé par le court terme, l'aspect ponctuel du besoin exprimé, inscrit dans une démarche prescriptive où la mobilité des personnes est constante. D'autre part, on retrouve un type de bénévolat comme lieu d'initiation à la foi chrétienne et comme porte d'entrée dans le monde “professionnel” de la pastorale. [19] Aujourd'hui, avec le mouvement d'implantation des bénévoles en catéchèse, une troisième voie peut être explorée : celle d'un service reconnu et confié par l'évêque du lieu à des personnes qui s'engagent bénévolement dans la mission catéchétique, sans pour autant vouloir devenir agent ou agente de pastorale. La définition claire du statut de ces bénévoles ne peut que favoriser le recrutement. Tôt ou tard, les questions du leadership des bénévoles, de leur influence, de leur participation réelle à l'élaboration des projets diocésains viendront enrichir la réflexion au fur et à mesure que l'implantation va prendre forme. Ainsi, le mouvement va atteindre un autre niveau de développement : celui de l'enracinement où la durée, le sens de l'appartenance et la stabilité des effectifs deviendront des enjeux importants. Alors, la question ne se posera peut-être plus dans les mêmes termes. bibliothèque virtuelle : 2002-2003 | 2004-2005 | 2006-2007 | 2008-2009 [1] Texte intégral de la Loi 118. Référence sur Internet : http://publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch /telecharge.php?type=5&file=2000C24S.PDF [2] Publications électroniques disponibles à l'adresse suivante : www.statcan.ca. Plusieurs ministères fédéraux, le Centre canadien de philanthropie, Patrimoine canadien, Santé Canada, Développement des ressources humaines Canada, Statistique Canada et Bénévoles Canada sont les principaux partenaires de cette enquête. [3] Le Projet catéchétique diocésain est sous la responsabilité de Monsieur Rémi Bourdon. Les responsables locaux de catéchèse relèvent de cette instance. [4] Comité des ministères de l'Assemblée des évêques du Québec, Les nouvelles pratiques ministérielles. Document de réflexion, coll. “L'Église aux quatre vents”, Montréal, Fides, 1993, 165 p. Autre référence sur la question des ministères sur le site de l'AÉQ, à l'adresse suivante : www.eveques.qc.ca. Voir les publications de deux événements ayant eu lieu récemment : le Congrès des ministères (août 2001) et la Session d'étude de l'AÉQ sur les ministères (mars 2002). [5] Avec la collaboration de Rémi Bourdon, des responsables locaux de la catéchèse ont participé à un sondage pour constituer cette cueillette de données sur les bénévoles. Bien sincèrement, je veux les remercier de leur collaboration et du temps alloué. Ces chiffres vont varier à la hausse. Les inscriptions et le recrutement sont en cours à l'automne 2003. [6] L'ENDBP ne relève pas un écart aussi important entre les deux groupes. [7] Ces chiffres donnent un bon aperçu de la répartition des groupes d'âges des bénévoles impliqués dans ce volet du Projet catéchétique. Il ne s'agit pas d'une étude exhaustive d'où le décalage de 3 %. Pour sa part, l'ENDBP ne révèle pas d'écart aussi important d'une cohorte à une autre. Les taux de participation sont de 29 % chez les jeunes de 15-24 ans, de 24 % chez les 25-34 ans, de 30 % chez les 35-44 ans, de 30 % chez les 45-54 ans, de 28 % chez les 55-64 ans et de 18 % pour les 65 ans et plus. [8] Il faut placer ces résultats en perspective avec les grandes tendances nationales pour comprendre la situation plus particulière des bénévoles en catéchèse dans ce diocèse. L'ENDBP conclut que “plus le revenu du ménage est élevé, plus les chances sont fortes qu'une personne fasse du bénévolat. Seulement 17 % des personnes dont le revenu du ménage est inférieur à 20 000 $ ont fait du bénévolat, comparativement à 39 % de celles dont le revenu du ménage est de 100 000 $ ou plus. D'autre part, le nombre moyen d'heures de bénévolat a tendance à diminuer à mesure que le revenu augmente, alors que les bénévoles dont le revenu de ménage est les moins élevé sont ceux qui ont consacré le plus de temps au bénévolat en 2000, c'est-à-dire 207 heures en moyenne”. Le niveau de la scolarité s'inscrit dans la même tendance. [9] Lettre de Marie Boucher, animatrice d'équipes de catéchèse, paroisse Saint-Jean l'évangéliste, Ville de Saint-Jean sur le Richelieu. [10] Pour la description des tâches, voir le document suivant : Diocèse de Saint-Jean-Longueuil, Vers un projet catéchétique diocésain. Phase 1 : les enfants et les adolescents, octobre 2001, pp. 21-22. Observation : dans ce document publié en 2001, on peut lire l'expression “les bénévoles catéchètes ». Une précision dans le vocabulaire a été ajustée au cours des deux dernières années à la suite d'une décision de l'évêque du lieu. Les personnes bénévoles qui assurent les activités catéchétiques sont des animatrices d'équipes de catéchèse. [11] Référence à l'enquête suivante : Direction du Soutien aux organismes volontaires de Multiculturalisme et Citoyenneté Canada, Pourquoi des gens font du bénévolat ? Centre d'action bénévole Ottawa-Carleton, Ottawa. Ce constat est fait aussi dans le cadre de l'ENBDP. Depuis 1997, il y a moins de bénévoles au Canada. Par ailleurs, un plus grand nombre d'heures est accordé au bénévolat en 2000 comparativement à 1997. [12] Gilles Routhier, Le devenir de la catéchèse, Montréal, Médiaspaul, 2003, p. 33. Comme cet extrait de la conférence de Routhier à la session d'étude de l'AÉQ date de mars 2001, il y aurait plus de seize ans que la décision en question a été prise. [13] À propos de la communauté et la mission catéchétique, voir les articles suivants : Henri Derroitte, “Les conditions d'un renouveau de la catéchèse paroissiale” dans Lumen Vitae, vol LV, no 2, 2000, pp. 130-133 ; Norbert Mette, “La communauté chrétienne comme catéchèse vivante” dans Lumen Vitae, vol LV, no 2, 2000, pp. 139-148 ; Luc Aerens, “Mener la transition vers la catéchèse de cheminement” dans Lumen Vitae, vol LV, no 2, 2000, pp. 165 et ss. concernant la sixième transition. [14] Cette cueillette a été réalisée dans le cadre du cours “Leadership et bénévolat” donné par l'auteure, aux responsables locaux de la catéchèse, à l'automne 2002. [15] Selon l'ENDBP, du 1er octobre 1999 au 30 septembre 2000, plus de 6,5 millions de Canadiens et de Canadiennes ont donné en moyenne 162 heures de bénévolat dans les différents organismes. Cela équivaut à 1 milliard d'heures fournis bénévolement. L'équivalence serait celle de 549 000 emplois à temps plein, à raison de 40 heures/semaine, pendant 48 semaines. Imaginez maintenant les salaires “épargnés”. [16] Direction du Soutien aux organismes volontaires de Multiculturalisme et Citoyenneté Canada, Pourquoi des gens font du bénévolat ? Centre d'action bénévole Ottawa-Carleton, Ottawa, 1993. [17] Des sessions de formation sont offertes par différentes instances du diocèse spécifiquement à propos du bénévolat. [18] De par leur priorité et leur importance, ces trois défis seraient en soi l'objet d'un autre article afin de comprendre la complexité de leur articulation dans ce contexte. Les questions de formation et d'exercice de leadership portent leur propre problématique. Or, ce n'est pas l'objet du présent article. [19] Voir la référence suivante: Charron Jean-Marc et Jean-Marc Gauthier, (dir.), Entre l'arbre et l'écorce. Un monde pastoral en tension. Coll. “Cahiers d'études pastorales” 14, Montréal, Fides, 1993, 308 p. Ce volet de la recherche-action de Saint-Jérôme met en lumière l'expérience d'agents et agentes de pastorale qui ont emprunté d'abord le chemin du bénévolat dans le cadre de l'initiation sacramentelle de leurs propres enfants. |