L'histoire de l'Institut de pastorale
1960 - 1978 | 1978 - 1987 | 1987
- 1993 | 1993 - 2000
par Daniel Cadrin, o.p.
Présentée en quatre volets, cette histoire de l'Institut évoque
le travail et le rêve des pionniers et de leurs successeurs, les événements
les plus marquants pour l'institution, son évolution face aux nouveaux
défis ecclésiaux, et la clientèle qu'elle a desservie
pendant les quarante dernières années.
Ce texte a été produit au printemps 2000, à l'occasion
du Centenaire du Collège universitaire dominicain.
1. Les débuts : de 1960 à 1978
L'Institut de pastorale fut établi à Montréal en 1960
par l'Ordre des Dominicains au moment de la construction du Couvent Saint-Albert-le-Grand,
qui abritait aussi l'Institut d'études médiévales (Université de
Montréal). L'Institut a ouvert ses portes le19 septembre1960
avec une trentaine d'étudiants. Rattaché au Collège
dominicain d'Ottawa, il acquiert son statut universitaire en 1967 au moment
de l'octroi de la Charte du Collège par le parlement de l'Ontario.
Gilles Bélanger, o.p., fondateur et
premier directeur, signe en1973 l'article « Au service du clergé.
D'une École d'éloquence à un Institut de pastorale » (Communauté chrétienne 70,
p. 306-313). Le titre comme le texte reflète bien le déplacement
de perspectives en formation pastorale qui préside à la naissance
de l'Institut de pastorale.
Les orientations
Le contexte est celui du Québec des années 60, marqué par
la révolution tranquille et les suites du Concile Vatican II. Plusieurs
champs de la vie ecclésiale connaissent un renouveau: liturgie, catéchèse,
Bible, rapport à la société, etc. L'Institut vise à soutenir
ce renouvellement du travail et de la réflexion pastorales. Il veut
offrir aux religieux et prêtres un temps de recyclage théologique,
pratique et personnel. Ses orientations sont donc clairement ecclésiales
et pastorales.
La clientèle étudiante
Les premiers étudiants sont des prêtres et des religieux. Après
quelques années, l'Institut accueille une centaine d'étudiants à temps
complet, intéressés par un milieu universitaire d'un style
différent. Les étudiants arrivent avec une grande variété d'expériences:
prêtres de paroisse, missionnaires, aumôniers militaires. Plusieurs
d'entre eux sont déjà des pionniers très dynamiques
dans divers domaines. La première étudiante est une religieuse
de la Congrégation Notre-Dame, vers 1967. À partir de la fin
des années 60, les religieuses viendront en plus grand nombre. Dans
les années 70, le nombre de prêtres et religieux diminue (dans
l'Église ?) et il y a encore très peu de laïcs;
mais déjà des prêtres, religieux-ses et laïcs commencent à venir à temps
partiel ou prennent des cours à la carte.
Le programme
Avec une meilleure connaissance des besoins de la clientèle, le
programme d'études s'articule peu à peu, préparé avec
consultation des évêques et supérieurs religieux. Des
accents se développent, qui demeureront: la formation des adultes,
l'attention à l'expérience acquise, l'accompagnement personnel,
le travail en équipe, l'apport critique des sciences humaines à la
pastorale.
L'Institut de pastorale offre le certificat, le baccalauréat, puis
la maîtrise en études pastorales. Mais à cette époque,
les gens viennent moins pour un diplôme que pour un temps de ressourcement
et de relance, attirés par l'ambiance et l'encadrement original.
Ils viennent pour ce milieu unique où se combinent études,
vie fraternelle, échanges, vie d'équipe, prière. C'est
une expérience de formation à la fois intellectuelle et spirituelle.
La session inaugurale se tient à l'extérieur de la ville,
pour lancer l'aventure de groupe. La formule des cours de quinze heures
se développe.
Des mini-sessions et conférences sont offertes à un public
large; des évêques y viennent (entre autres Mgr Coderre, qui
amorça la réforme en catéchèse scolaire). L'Institut
répond aussi à plusieurs demandes de retraites, sessions et
cours à l'extérieur.
L'équipe
À l'époque, l'équipe est formée surtout de
dominicains, comme Jacques Tellier, Luc Aubin, André Gignac,
Yves Côté, Marc Rompré, Jean-Louis Levesque,
etc. Certains d'entre eux s'impliquent à la communauté chrétienne
Saint-Albert, lieu de mise en oeuvre d'options pastorales de l'Institut.
Une dynamique s'installe, qui demeurera: l'importance de la vie d'équipe,
l'interaction entre les professeurs, le partage collégial des responsabilités,
la formation conjointe continue et les liens actifs avec le terrain pastoral.
Déjà s'instaure la pratique des professeurs invités,
dont le psychologue Yves St-Arnaud, Monique Chaput,
le père Fortin s.j., Clément Farly, prêtre, le
sociologue Fernand Dumont, le père André Liégé,
le chanoine Jérôme Régnier de
Lille. À la fin de cette période, le secrétariat
comprend Ginette Arsenault, Diane Beausoleil-Coutu et
soeur Andrée Mageau.
Projets et collaborations
Durant ces années, des stages supervisés ont lieu en paroisses
en milieu populaire, en lien avec les Fils de la Charité et des prêtres
du diocèse de Montréal (dont Jean-Claude
Turcotte). On assiste à la naissance du CPMO, le Centre de
pastorale en milieu ouvrier. L'Institut collabore avec le diocèse
de Montréal et l'ISSR, qui deviendra la Faculté de théologie
de l'Université de Montréal, pour la mise sur pied de catéchèses
aux adultes en paroisse. Un guide et des instruments seront publiés.
À partir de 1971, l'Institut offre avec le Collège Marie-Victorin
un programme de deux ans (60 crédits) conduisant à une maîtrise
professionnelle en études pastorales spécialisées,
pour les prêtres exerçant un ministère auprès
de personnes en situation d'inadaptation (aumôniers dans les hôpitaux,
prisons, centres de rééducation, foyers pour vieillards, centres
de réhabilitation).
L'Institut de pastorale a sa revue, Communauté chrétienne, qui
relance les questions et enjeux travaillés à l'équipe.
On publie les Cahiers de pastorale, et André Gignac,
membre de l'équipe, publie la revue Liturgie et vie chrétienne, importante
pour le renouveau liturgique au Canada.
Quelques points particuliers
Pour les étudiants, l'aspect humain et personnel comme nouveau contexte
de formation compte autant que les cours. C'est l'époque où plusieurs
prêtres, religieux et religieuses, remis en question par les changements
ou par des défis difficiles, se sentent seuls et peu préparés à affronter
la nouveauté émergente. Ils cherchent un espace de discernement,
en ces temps où bon nombre quittent la vie sacerdotale et religieuse.
D'où l'importance de l'accompagnement personnel et de la vie d'équipe.
Grâce à une clientèle nombreuse qui dispose de ressources
pour sa formation, et à des professeurs presque tous dominicains
non payés, l'Institut s'autofinance.
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