
Soirée d'ouverture de l'année
du 50e anniversaire
de l'Institut de pastorale
Le vendredi 28 août, à l'occasion de la rentrée de l'année
académique 2010-2011, l'Institut recevait plus d'une centaine d'invités,
partenaires et amis, collaborateurs réguliers et étudiants d'hier
et d'aujourd'hui, pour souligner l'ouverture de l'année
de son 50e
anniversaire.
En
introduction à la soirée deux conférenciers,
Daniel Cadrin, o.p., directeur de l'Institut,
et Gilles
Routhier, professeur à la faculté de théologie de
l'Université
Laval, ont présenté aux invités les grandes articulations
du contexte historique dans lequel fut fondé l'Institut de pastorale.
Le texte de la conférence présentée
par Daniel Cadrin est disponible plus bas.
Suivait un un souper festif qui fut l'occasion de nombreux témoignages
sur la diversité des expériences vécues à l'IP,
dont Gabrielle Dumas, étudiante, Mgr Lapierre, évêque
partenaire, Marie-Noëlle Chaumette, xavière, ancienne membre
du personnel, Michelle Ausette, r.s.r., professeure invitée, Jean-Claude
Breton, o.p., ancien directeur, Bruno Demers, o.p., professeur, le
Cardinal Turcotte, ancien membre de l'équipe, Jean-François
Méthot, président intérimaire du Collège dominicain,
et plusieurs autres témoignages spontanés.

Institut de pastorale des dominicains : origines et
continuités.
Daniel Cadrin, o.p., 28 août 2010,
soirée d'ouverture des fêtes du 50eanniversaire de l'IP
Cinquante ans : c'est l'âge de l'Institut de pastorale des Dominicains,
ou comme on l'appelait dans les documents de 1960, « l'Institut
dominicain de pastorale ». Pour introduire cette célébration
du cinquantenaire, je vais parler de quatre éléments de ses origines,
puis de dix continuités, dix traits présents dès
ses débuts et encore aujourd'hui.
1. Éléments des origines
1. L'École de prédication et de pastorale
L'IP
ouvre ses portes à Montréal en septembre 1960, mais ce ne
fut pas une apparition soudaine. Il prend la relève de « l'École
de prédication et de pastorale », qui était à Québec,
comme se plaisait à souligner le fondateur de l'IP, Gilles Bélanger,
o.p., originaire de St-Alexandre de Kamouraska. Cette École a d'abord
offert des sessions de formation en prédication pour les Dominicains,
après leurs études institutionnelles. À partir de
1956, elle accueille des prêtres, religieux et laïcs, intéressés à une
formation attentive au contexte social et aux défis ecclésiaux.
Cette École a des liens avec le Centre de culture populaire de l'Université Laval,
le mouvement en éducation des adultes, les Journées d'Études
sociales. Les années 50 dans l'Église du Québec ne
sont pas remplies seulement d'une « grande noirceur » mais
aussi d'initiatives éclairées et éclairantes. À partir
de 1958, elle offre une année structurée de formation théorique
et pratique en prédication et pastorale, suite au 2e élément.
2. Sedes
Sapientiae
En 1956, Pie XII publie la Constitution
apostolique Sedes Sapientiae. Celle-ci demandait que les religieux
prêtres reçoivent une formation pastorale pour l'exercice
de leur ministère apostolique, qui prenne la forme d'une année
de formation pratique et théorique, après leurs études
en philosophie et théologie, et qui inclut des domaines comme
la psychologie, la pédagogie, la catéchèse, les
sciences sociales, la théologie pastorale. Et elle demandait que
soit mis sur pied des écoles d'études pastorales. Cela
correspondait à ce qui se faisait déjà chez les
Dominicains du Canada, avec l'École de prédication, et
lui donnait élan et soutien. Dans un mémoire pour les autorités
dominicaines en 1957, les fr. Raymond Hébert et Thomas Landry
proposaient que l'École devienne un Institut supérieur
de pastorale, avec un curriculum universitaire et qu'il s'établisse à Montréal.
Ce qui arriva. En 1967, l'IP s'intégrait au Collège dominicain
d'Ottawa, qui venait d'obtenir une Charte universitaire lui permettant
de conférer des grades civils.
3. Tradition et modernité
Un 3e élément
des origines, que Gilles Routhier connaît mieux que moi, c'est que
la fondation de cet Institut s'inscrivait dans un projet plus vaste, ce
qui a contribué à son développement. Les Dominicains étaient
alors engagés de prés dans le mouvement de réforme
sociale et ecclésiale de cette époque, qu'on qualifiera avec
le temps de « Révolution tranquille ». Deux
signes :
dans les années 50, le rôle de la Maison Montmorency (à côté des
chutes), animée par Georges-Henri Lévesque, o.p., où des
sessions de formation de l'École de prédication se tenaient.
Et la construction de St-Albert-le-Grand, de 1958 à 1960, un édifice
qui dès ses débuts se voulait une alliance de la tradition
et de la modernité, tant dans son architecture que dans ses composantes :
un couvent o.p., un Studium de philosophie des o.p., un Institut dominicain
de pastorale, l'Institut d'Études médiévales de l'UdM,
une communauté chrétienne, des revues, etc., plusieurs espaces
et centres à la fois autonomes et en interaction. (cf. Jean-Claude
Marsan, étude patrimoniale, 2003).
4. Une vision ouverte
Dans ses premières
années, la clientèle était composée de prêtres
et de religieux de plusieurs communautés. Mais déjà le
prospectus de l'Institut disait que l'année de pastorale s'adressait aussi à tous
les prêtres déjà engagés en ministère,
aux religieux et religieuses et aux laïcs qui cherchent soit une initiation
aux formes rajeunies de l'action pastorale, soit un approfondissement des
sources de leur service pastoral. Le programme de 1960-61 se présentait
explicitement comme une mise en œuvre de Sedes Sapientiae.
On y trouve des cours généraux : entre autres, théologie
pastorale, pastorale liturgique, sociologie et psychologie pastorales; trois
séries de cours particuliers : la prédication (ses formes
et exigences techniques); le ministère paroissial (sacrements, direction
spirituelle, pastorale de l'enfance, de l'adolescence,…); l'éducation
(aspect théologique et psychologique). Dans ce cursus, la liturgie
et la catéchèse étaient privilégiées.
Quant aux professeurs de la 1ère année, parmi les professeurs
réguliers : Gilles Bélanger, o.p., André Gignac,
o.p., Claude Poirier, o.p., M. Fernand Dumont ; parmi les professeurs
invités : Noël Mailloux, o.p., P.-A.Liégé,
o.p., Mgr P.-E. Charbonneau, M. Claude Ryan,…
Ainsi, à ses origines, le projet de l'IP était marqué par
les éléments suivants : une continuité avec une
dynamique existante, un nouveau service ecclésial de formation pastorale,
une interaction avec d'autres organismes et courants, une volonté d'ouverture
tant pour la clientèle, le contenu et les collaborations.
2. Continuités de certains traits
Dans ses premières années, certains traits de l'Institut
sont bien marqués. Il vaut la peine de nous les rappeler. Et en fouillant
dans les dossiers des origines, j'ai été frappé de constater
la remarquable continuité dans les options depuis les origines.
- Une attention aux besoins : le programme est préparé avec
consultation des évêques et des supérieurs religieux.
Cela ne se fait pas seulement à l'interne.
- Une approche s'inscrivant dans le courant nouveau de l'éducation
des adultes, avec une attention à l'expérience
acquise, à l'accompagnement personnel et au travail en équipe.
- L'intégration de l'apport critique des sciences humaines à la
pastorale.
- Un milieu offrant un encadrement et une ambiance conviviale,
où la vie fraternelle, les études et la prière se
combinent. E xpérience de formation à la fois intellectuelle,
communautaire et spirituelle.
- Des stages supervisés en paroisses en milieu
populaire, en lien avec les Fils de la Charité et des prêtres
du diocèse de Montréal (dont un certain Jean-Claude
Turcotte ).
- Un rayonnement par les publications : la revue
Communauté chrétienne, qui relance les questions et enjeux
travaillés à l'équipe, les Cahiers
de pastorale, et
plus tard la revue Liturgie et vie chrétienne, importante
pour le renouveau liturgique au Canada; et des publications dans plusieurs
autres revues.
- L'implication de certains professeurs à la communauté chrétienne Saint-Albert,
lieu de mise en oeuvre d'options pastorales de l'Institut.
- L'importance de la vie d'équipe de l'Institut,
de l'interaction entre les membres, du partage collégial des responsabilités.
- L'appel à plusieurs professeurs invités,
religieux, prêtres et laïcs, d'ici et d'Europe.
- Et marquant tout cela, l'identité dominicaine de
cet Institut dominicain de pastorale.
Tout cela continue, sous des formes identiques ou renouvelées. Certes,
des changements sont advenus :
- le contexte aujourd'hui est différent, nous
sommes en pleine évangélisation;
- la clientèle est plus diversifiée;
- nos approches éducatives se sont ajustées
et affinées;
- nos programmes sont plus variés;
- l'équipe est formée de laïques et
religieux, de femmes et d'hommes;
- les collaborations avec des organismes et diocèses
sont plus développées.
Mais, cet Institut a une identité qui demeure, un visage bien à lui.
Et s'il demeure vivant, c'est justement à cause de cette fidélité créatrice
aux origines qui, en lien à l'édifice même, dont nous
fêtons aussi le 50e, voulait allier tradition et modernité.
Nous avons choisi comme thème de ce 50e : D'hier à demain...
risquer l'espérance.
Hier, demain, et aujourd'hui,
risquer l'espérance, cela demeure essentiel et mobilisant.
Je termine en citant le discours de Gilles Bélanger lors de l'ouverture
des cours à l'Institut, le 19 septembre 1960 : « Le
succès d'une telle entreprise reposera, comme dans le passé {cf.
hier et demain}, sur le travail d'équipe et une confiance
absolue dans l'assistance de l'Esprit. Viens Esprit Saint
et renouvelle la face de la terre (cité en latin : Veni Sancte
Spiritus .. et renovabis faciem terrae). »
Sources
Documents des origines :
- Gilles-M. Bélanger, o.p., « Ouverture des cours à l'Institut
dominicain de pastorale », 19 septembre 1960.
- Raymond-M. Hébert & Thomas-M. Landry , « Mémoire
sur l'établissement de l'École de pastorale et de prédication
de la Province Saint-Dominique de l'Ordre des Frères-Prêcheurs »,
1 er mai 1958.
- « Programme de l'année de pastorale : 1960-1961 »,
Institut dominicain de pastorale.
- « Rapport annuel de l'activité scolaire de Institut
dominicain de pastorale : Année 1960-1961 ».
Études :
- Gilles-M. Bélanger, o.p., « Au service du clergé.
D'une École d'éloquence à un Institut de pastorale »,
Revue Communauté chrétienne no 70, juillet-août
1973, p.306-313.
- Daniel Cadrin, o.p., « Histoire de l'Institut », http://www.ipastorale.ca/environnement/histoire_1.htm.
- Jean-Claude Marsan et Caroline Tanguay, « Le couvent dominicain
Saint-Albert-le-Grand à Montréal : étude patrimoniale »,
2003.