Nos essentiels en catéchèse
Les essentiels de Colette Beauchemin
responsable de catéchèse, diocèse de Saint-Jean-Longueuil
(avril 2010)
- La source de la catéchèse est la Bible approchée
en tant que parole de Dieu.
- La parole de Dieu peut être entendue lorsqu’elle emprunte
le chemin d’une parole en intériorité, sinon le texte
demeure dans le registre d’un savoir religieux extérieur à la
personne.
- Le rôle du catéchète est celui d’un accompagnateur
guidant vers l’écoute intérieure de la Parole.
- L’Esprit est le premier catéchète. L’Esprit
s’unit à notre esprit pour éclairer le sens des Écritures
et faire entendre la parole de Dieu déjà en germe dans le
cœur de chacun.
- Cette expérience fondatrice, de l’identité chrétienne,
doit se vivre dans un bain ecclésial où la personne expérimente
la foi comme un don qui se partage, se célèbre et s’incarne
dans des choix de vie.
Pour moi qui ai été formée en catéchèse
biblique symbolique, ces repères ont été et sont encore
des balises précieuses dans mon propre cheminement personnel tout
autant que dans ma pratique catéchétique.
Je m’arrêterai principalement sur le troisième point
qui concerne l’accompagnement vers l’écoute intérieure
de la parole de Dieu. Pour ce faire, je me référerai à ce
que les auteurs de la catéchèse biblique symbolique, Claude
et Jacqueline Lagarde, nous ont légué et qui représente, à mes
yeux, une richesse inestimable.
La brillante découverte que les Lagarde ont faite, en revisitant
la pédagogie des Pères de l’Église, nous pouvons
l’expérimenter à notre tour, chaque fois que nous mettons
en pratique la pédagogie de la parole qu’ils ont développée.
Cette dernière nous rend attentifs à des modes de dire ou niveaux
de parole qui sont des manières différentes de se positionner
en regard des mots et des images bibliques et liturgiques. Étant donné que
notre premier rapport au texte et à la vie est d’abord extérieur
(ce qu’ils appellent la parole anecdotique), il s’agit de guider
la prise de parole vers un positionnement plus intérieur, où la
personne s’implique personnellement dans ce qu’elle dit.
Pour ce faire, le catéchète doit avoir parcouru, pour lui-même,
ce chemin qui suppose un passage de l’extériorité vers
l’intériorité du langage. Il aura fait l’expérience
d’une révélation intime de cette parole de Dieu, en lui-même,
et il n’aura pas la prétention de pouvoir la provoquer chez
l’autre, par l’usage d’explications extérieures.
Guider l’autre vers sa parole vraie, c’est d’abord favoriser
une expression libre. Ne pas attendre des conclusions qui ne seraient que
répétition de réponses préfabriquées.
Il s’agit plutôt d’être attentif à la résonnance
que produit tel ou tel bout de récit biblique dans le cœur et
l’intelligence de chacun, en écoutant bien comment la personne
se positionne dans sa parole.
Le chemin de la parole, à la fois cognitif et affectif, se fera
d’abord par le biais de rapprochements entre les expressions et scènes
bibliques qui s’appellent et se renvoient l’une à l’autre
comme en écho, tout en se reliant aux scènes de la vie concrète.
Ces rapprochements s’effectuent naturellement par la reconnaissance
d’une parenté dans les images et les situations relationnelles.
Ce niveau de rapprochements tisse progressivement la Bible avec la vie, comme
une toile servant de fond de scène où se joue la vie de chacun.
De ces rapprochements naîtront des étonnements, puisque la
Bible ne dépeint pas la réalité concrète de la
vie, mais propose plutôt un regard intérieur, où Dieu
se retrouve partenaire de l’histoire humaine. Parce que la logique
concrète entre en dissonance avec le texte biblique qui cherche à exprimer
une réalité spirituelle par son langage de type symbolique,
cela provoque l’apparition d’une parole critique, essentielle à l’émergence
d’un nouveau rapport au texte. La personne en recherche se retrouve
ainsi sur le seuil d’une nouvelle conscience de ce qui est en cause à la
fois dans le récit et dans sa vie. « Pourquoi dit-on
ceci ou cela dans la Bible? Que peut-on en comprendre? » Encouragée
par le catéchète, la lecture naïve, de premier degré,
peut céder ainsi la place à une recherche de sens plus existentiel
et spirituel. La conscience de l’usage d’un langage à double
sens donnera accès à un univers encore inexploré. L’implication
plus personnelle dans la parole, favorisera une ouverture du texte vers l’intérieur.
Ainsi, le chercheur sincère découvre avec étonnement
et émerveillement que le texte témoigne d’une expérience à laquelle
il peut accéder lui-même s’il sait écouter, comme
en stéréo, ce que dit le texte et ce qui se passe en lui. L’éclair
de sens qui peut alors jaillir dans la parole, témoigne d’une
révélation qui s’est opérée dans la personne
qui cherche le sens du texte, en même temps qu’elle cherche à se
comprendre elle-même. Comme si, dans le jardin intérieur de
chacun, Dieu continuait inlassablement de nous appeler et de nous chercher « Où es-tu
Adam? » Il s’agit, en quelque sorte, de se laisser
trouver et recréer par Dieu, en cherchant sincèrement à faire
la vérité en soi, à l’aide d’un texte qui
apporte son éclairage en devenant Parole.
Bien sûr, cet itinéraire, lorsqu’il est décrit
si succinctement comme je viens de le faire, pourrait sembler infaillible.
Il ne faut surtout pas se leurrer. La pédagogie de la parole est incapable
de provoquer la foi, car l’Esprit souffle où il veut et le catéchète
doit accepter cette démaîtrise. Il s’agit plutôt
de favoriser l’accès à une rencontre possible. De plus,
il faut accepter de compter avec le temps, car ce chemin de la parole se
déploie sur plusieurs années. La pensée concrète
des enfants, avant 9-10 ans, les empêche encore de saisir le sens
figuré du langage. Il s’avère donc essentiel de tenir
compte de leur développement cognitif et de consacrer prioritairement
ce premier temps de la vie à emmagasiner une mémoire biblique
et à favoriser le tissage de la Bible avec la vie, ainsi que l’apprentissage
de la prière biblique, afin de préparer le passage crucial
vers « l’autrement dit » qui ne s’opère
habituellement pas avant la fin de l’enfance (11-12 ans). Dès
lors, l’enjeu de la grande enfance est de développer une nouvelle
conscience qui naîtra d’une parole qui se situe au-delà du
premier registre de la parole. L’acquisition du niveau de parole symbolique
est essentielle pour porter la parole existentielle de l’adolescent
et de l’adulte en quête de sens et de direction pour sa vie.
Par voie de conséquence, si ce passage n’a pas été expérimenté vers
la fin de l’enfance, il sera à faire plus tard, avec les recommençants
par exemple, qui ont souvent quitté l’Église avec le
sentiment d’avoir été enfermés dans une religion
infantilisante, incapables de porter le poids de leurs doutes et de leur
recherche.
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