Nos essentiels en catéchèse
En plus d’être un lieu d’approfondissement
de nos pratiques d’initiation chrétiennes et d’éducation
de la foi, la Table de réflexion sur l’initiation
chrétienne et l’éducation de la foi (TRICEF) compte déjà quelques
réalisations. De janvier 2010 à juin 2011, des membres de la
TRICEF ont voulu partager avec vous les fruits
de notre réflexion au sujet de nos « essentiels
en catéchèse ».
Chaque membre de
la Table était
invité à nommer 5 essentiels en catéchèse,
selon son expérience, son point de vue. Notre chronique mensuelle
a permis de présenter les essentiels retenus par les uns et les autres,
des essentiels colorés et enrichis par nos échanges.
Au fil de la lecture, vous découvrirez
que certains essentiels sont repris par plus d’un auteur, que quelques
uns sont plus longuement commentés
alors que d’autres sont presque passés sous silence. Bien au-delà d’une
liste « à faire », ce sont des approches et des
manières d’être que nous
avons cherché à préciser et à approfondir.
La chronique des Essentiels est maintenant terminée. Les
textes parus sont toujours disponibles sur ce site, pour
votre bénéfice. Nous vous invitons à les reprendre
dans vos milieux, à y réfléchir seuls ou en petits groupes. Peut-être souhaiterez-vous écrire et commenter vos propres essentiels ?
Envoyez-nous le fruit de vos réflexions,
nous serons très heureux de vous lire !
( tricef@ipastorale.ca )
Les essentiels de Jocelyn Girard,
pour l’équipe de la mission catéchétique du diocèse
de Chicoutimi
(juin 2011)
- Envisager résolument un changement de paradigme
- Aller au bout de la conviction qu’« Il nous précède
en Galilée »
- S’insérer pleinement dans la culture actuelle et
faire route ensemble
- Faire confiance en la capacité de la personne à grandir
- Travailler sans cesse à la recomposition du tissu communautaire
Envisager résolument un changement de paradigme
Notre monde a changé. Les solutions d’hier aux crises de l’Église
ne peuvent plus être adéquates pour aborder le futur. « Vous
ne pouvez pas résoudre un problème en demeurant dans la logique
qui lui a donné naissance. » Albert Einstein
Il est plus que jamais nécessaire de rompre avec l’amertume
et le désabusement dans l’Église, qui contribuent probablement
davantage à sa déchéance que les « attaques » qu’elle
subit. Benoît XVI l’affirme : « la plus grande
persécution contre l'Église ne vient pas d'ennemis du dehors,
mais elle naît du péché dans l'Église. » Par-delà les
situations scandaleuses qui marquent l’actualité, ne pourrait-on
pas également parler du péché en lien avec le manque
de foi ? Lorsque les disciples se montrent inquiets devant l'ampleur
de leur mission ils demandent : « Seigneur, augmente en nous
la foi ! » Nous connaissons la réponse déconcertante
de Jésus (cf. Lc 17, 5-6). La foi, c'est compter sur Dieu,
c'est faire confiance à Dieu, s'appuyer sur lui et lui laisser la
place.
Changer de paradigme, c’est cesser de compter sur une structure humaine,
une institution bien établie même si elle a su résister à toutes
les tempêtes. C’est croire que dans la désertion même
de l’Église, l’Esprit est en train de faire du neuf. En
catéchèse, nous devons nous tourner vers la nouveauté de
l’Esprit plutôt que de pleurer sur ce qui s’écroule
derrière, au risque de nous scléroser et finir en statue de
sel (cf. Gn 19, 26). Sans rien renier du passé de l’Église,
tant ses grandeurs que ses failles, la catéchèse ne doit pas
craindre cette nouveauté, mais au contraire y voir l’invitation
du Seigneur à prendre le large, ne pas rester sur la berge de ses
insécurités camouflées en certitudes…
Aller au bout de la conviction qu’« Il nous précède
en Galilée »
Il a fait dire par les femmes aux disciples : « Allez, il vous
précède en Galilée, c’est là que vous le
verrez. » (Mt 28, 7). Jésus est devant nous, pas derrière !
Nous marchons à sa suite et pas le contraire ! Le propre de l’inculturation
de l’Évangile, c’est de croire que la culture est le lieu
déjà fécondé par la grâce de l’Esprit
(cf. Gn 1 : « L’Esprit planait sur les eaux » informes
de la Création). Avant toute action humaine, il y a cette présence
agissante dans le cœur de chaque être humain qui l’appelle à plus
de vie, à plus d’humanité. Les aspirations profondes
de l’être humain transcendent toute construction de la culture.
La liberté, l’égalité, la famille, la justice,
la solidarité, la paix, l’amour sont des valeurs universelles
que tous les humains veulent voir s’enraciner dans leur vie de tous
les jours.
En catéchèse, nous cherchons d’abord à favoriser
de manière implicite ou explicite cette rencontre entre Jésus
et la personne humaine, avec cette conviction que celui-là a déjà « trouvé » celle-ci
bien avant que ne commence sa propre quête (cf. Saint Augustin).
Le projet catéchétique du diocèse de Chicoutimi a tenté d’exprimer
ceci en prenant le titre suivant : « Rencontrer la Parole
au cœur de l’humain ». C’est cette reconnaissance
de la bonté et de la beauté, et même du sacré de
la personne parce qu’elle est terre fécondée par l’Esprit,
qui doit habiter le cœur et l’esprit des personnes engagées
en catéchèse.
S’insérer pleinement dans la culture actuelle et faire
route ensemble
Les reproches faits par nos contemporains à l’Église
sont nombreux. Celui d’une perte de contact, une « déconnexion » avec
le monde de ce temps est majeur. La catéchèse doit mieux prendre
en compte la culture actuelle, les modes de vie des familles, l’importance
des réseaux sociaux qui se forment à l’ère numérique,
le rythme de vie si souvent éclaté, le besoin de temps pour
souffler. Si tout dans la culture n’est pas évangélique,
on y trouve de nombreuses valeurs qui s’en approchent : la tolérance,
le désir de vivre en paix, la liberté, l’intégration
des minorités et des personnes vulnérables, le sens de la fête,
le respect de l’environnement, etc. Il est important pour nous, gens
d’Église, d’y voir les traces « d’un Évangile
qui est déjà passé par là ». La nouvelle évangélisation
réaffirme cette vision qui voit dans l’inculturation, le « mieux
comprendre la culture », à la façon des initiatives
missionnaires qui prennent le temps de s’y insérer et de se
l’approprier, le premier pas pour rencontrer l’humain (cf.
Lc 24, 13-35 : les disciples d’Emmaüs).
La « différence » chrétienne doit se
faire voir avant de se faire entendre (« je fais ce que je dis »).
Notre agir et nos attitudes sont sous observation. Les gens ont besoin d’être
touchés, interpellés, ils ont soif de spiritualité,
mais d’abord d’authenticité et d’humilité.
Les chrétiens doivent redevenir crédibles en retrouvant ces
attitudes spirituelles et en s’engageant dans les enjeux sociaux auprès
des acteurs de changement. La catéchèse doit y contribuer positivement.
Faire confiance en la capacité de la personne à grandir
Comme un parent qui doit un jour laisser son jeune adulte prendre son envol,
l’Église doit célébrer l’autonomie gagnée
par l’être humain du 21 e siècle. Croire en la conscience
individuelle, en cette bonté intérieure capable du meilleur,
est un préalable. La personne, nourrie par ses expériences
diverses, est appelée sans cesse à la croissance. La conscience
des limites personnelles et du péché est un lieu à explorer
quand l’être humain est équipé pour les affronter.
Cet équipement consiste d’abord à être reconnu, à se
sentir aimé et utile. Dans la mesure où nous pouvons créer
un environnement permettant la croissance, nous pourrons trouver des espaces
de rencontre avec le Dieu de Jésus, celui-là même qui
nous donne « la vie, le mouvement et l’être » (Ac
17,28).
En prenant la personne telle qu’elle se présente et en l’accueillant
inconditionnellement, les catéchètes sont appelés à développer
une zone de confiance destinée à s’étendre et à susciter
des échanges en vérité sur les fondements spirituels
qui animent les croyants. Ensemble, ils marcheront dans un mouvement mutuel
de conversion.
Travailler sans cesse à la recomposition du tissu communautaire
Les relations « numériques » vont devenir
peu à peu insatisfaisantes pour les générations montantes
et le besoin de communauté réelle va se faire sentir. L’Église
possède une expertise en vie communautaire. L’Église
doit être un partenaire du monde dans toute initiative qui vise à nourrir
le tissu communautaire et les liens intergénérationnels. Mais
elle ne peut contraindre les gens à la choisir ou à y revenir. « Ce
n'est pas l'Église qui impose aux fidèles la foi, mais c'est
la foi qui les oblige à accepter l'Église. » John
H. Newman
Lorsque des gens viennent à la foi, ils éprouvent le goût
de la partager et d’en vivre avec d’autres (voir le film Qui
a envie d’être aimé ?). La catéchèse,
lorsqu’elle accompagne les croyants dans l’approfondissement
de leur foi et de ses fondamentaux, doit permettre à ces derniers
de redécouvrir le visage d’une Église-communion, une Église
qui accueille inconditionnellement et qui rassemble dans l’unité.
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